YANOUN : Témoignage de Yann, psychologue

Je suis allé à deux reprises à Yanoun, une première fois en mission avec Médecin sans frontières en 2009 pour prendre en charge les Palestiniens victimes du conflit, puis, une seconde fois. J’ai d’abord rencontré des enfants puis quelques adultes et plus particulièrement une mère de famille. Les enfants m’ont parlé de leur peur bien qu’ils avouent ne pas vouloir la montrer. Il leur arrive, précisent-ils de défier les Israéliens, qu’il s’agisse des colons ou des soldats, sans que leurs familles le sachent.

Il ressort de leurs récits qu’ils n’ont pas d’endroit où trouver refuge, pas de droit à l’intimité, au retrait, pas d’espace à soi. Les soldats pénètrent partout, dans les maisons comme dans les têtes. Ils sont là le jour et la nuit dans leur sommeil. Ils sont effrayants, avec  leurs armes et leurs chiens et n’hésitent d’ailleurs pas à se servir des crosses de leurs fusils contre les habitants du village. Les chiens et les  crosses de fusils me sont apparus comme les deux symboles les plus anxiogènes. Les soldats qui voient tout (de par les positions stratégiques qu’ils occupent) peuvent surgir de n’importe où à n’importe quel moment. Ils voient mais ne peuvent être vus. Tout concourt à intensifier la peur et à dramatiser une situation qui est déjà très dangereuse. En outre, les enfants témoignent du fait que les Israéliens sont souvent cagoulés. Impossible donc de déchiffrer leurs intentions : ils deviennent la représentation d’un vécu cauchemardesque.

L’espace géographique des jeunes est très limité. Ils ne se plaignent pas, ils subissent la situation. Ils forment un petit groupe, d’âges divers. Ils n’ont pas de contact avec d’autres enfants d’autres lieux ; les plus grands protègent les plus jeunes et tentent de résister aux colons en faisant en sorte que leurs cadets ne les voient pas faire, toujours dans le souci de les protéger.

Pour la mère que j’ai interrogée, la question ne se pose pas de savoir si ses enfants essaient de résister ou pas. Elle refuse d’aborder ce sujet comme si en n’en parlant pas, elle conjurait un mauvais sort (l’imminence d’un danger fait qu’on ne peut même plus l’évoquer). Elle ne veut pas que ses enfants cherchent à s’opposer aux soldats ou aux colons mais elle sait aussi qu’elle ne peut pas totalement les en smpêcher.

Les colons s’en prennent aux plantations, aux puits qu’ils souillent et n’hésitent pas à venir avec leurs enfants en bas âge pour terroriser la population. Ils viennent ‘en famille’ parce qu’ils se savent invincibles.

Plus les Palestiniens s’éloignent de leur maison, plus ils sont en danger, ce qu’ont bien compris les enfants qui dissuadent leurs mères d’aller travailler dans les champs d’oliviers (ce que pourtant elles doivent faire si elles veulent faire vivre leur famille).

Les mères de famille ont peur pour leurs enfants et les enfants tentent de protéger leurs mères (on ne sait pas qui des mères ou des enfants ont le plus peur).

Les colons n’ont qu’un seul but : que les Palestiniens libèrent le territoire ; le plus choquant est qu’ils s’amusent (jouissent) de la terreur qu’ils inspirent aux Palestiniens encore présents et qui résistent.

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