7 janvier 2011 : « L’enfer des geôles israéliennes » Liberté Hebdo

L I B E R T É – H E B D O • n °9 4 4 > d u 7 a u 1 3 j a n v i e r 2 0 11

Reportage :

Depuis 1967, plus de 700 000 Palestiniens ont été enfermés dans les prisons israéliennes. Aujourd’hui, ils seraient entre 7 500 et 9 000 captifs. Parmi eux, 36 femmes.

Les geôles israéliennes sont un enfer pour les Palestiniens. Parmi les procédures judiciaires, est pratiquée la « détention administrative ». Très répandue, elle est pourtant parfaitement illégale. Elle est utilisée par les Israéliens afin de détenir des Plestiniens sans motif ni jugement pendant une duréeindéterminée. Les raisons de ces incarcérations ne sont jamais révélées au prisonnier ou à son entourage et bien évidemment, aucun avocat ne peut avoir accès au dossier du détenu. Au début de ce type d’incarcération, les administrations pénitentiaires israéliennes expliquent aux « détenus administratifs » qu’ils sont enfermés pour une durée de six mois.

Lorsque ce temps est écoulé, l’ordonnance peut être renouvelée pour une période identique et ainsi de suite pendant parfois une dizaine d’années, sans un seul procès. La détention administrative est un moyen de torture psychologique employé par les autorités israéliennes dans le but de briser l’individu et lui ôter l’esprit de résistance. Le droit international interdit la détention administrative car elle est arbitraire. Elle bafoue la quatrième convention de Genève, visant à protéger les civils des territoires occupés et interdisant la détention arbitraire comme moyen de contrôle sur une population.

«Voici ton Royaume, Laïla ! »

Youssef Qwariq, Palestinien, militant pour les droits de l’Homme et président de l’ONG Ajial (Génération), basée à Naplouse, a lui même été enfermé pendant deux ans, entre 1988 et 1990, par les Israéliens sans jamais en connaître la raison. Briser l’esprit de résistance ? Bien au contraire, Youssef est aujourd’hui un homme sûr de son combat. « Je crois à la liberté, à l’égalité et à la justice. Je pense que les autorités israéliennes sont criminelles et ne peuvent agiren toute impunité. Mon objectif est de révéler toutes les souffrances subies par les Palestiniens, d’informer pour mieux agir. Le gouvernement israélien n’a pas le droit d’enlever des gens, de les détenir dans les prisons israéliennes et de les juger, ou non, selon le droit israélien. »

Il existe plusieurs structures pour la défense des droits de l’Homme en Cisjordanie, mais la plupart se situent à Ramallah, Youssef a donc décidé d’ouvrir Ajial à Naplouse appelée par ses habitants la montagne de feu. Cette ville du Nord de la Cisjordanie subit durement l’emprise israélienne. Les combats à mener pour un militant des droits de l’Homme sont, malheureusement, nombreux dans les territoires palestiniens. Youssef défend plusieurs causes, parmi elles, les femmes naplousis enfermées dans les geôles israéliennes. L’enfer débute dès l’arrestation (systématiquement violente) qui se déroule presque toujours en pleine nuit. Ayat, libérée depuis un an, raconte : « J’avais vingt ans, j’étais fiancée. Une semaine avant mon mariage, les Israéliens ont assassiné mon fiancé. Dix neuf nuits plus tard, il était 3h00 du matin. Les soldats israéliens, nombreux, sont venus chez mes parents pour m’arrêter. Ils ont vérifié l’identité de chaque membre de ma famille. Comme ils ne me trouvaient pas, ils ont tout cassé, les meubles, la cuisine, les lits. Ils ont aussi détruit mes vêtements et pris les photos que j’avais de mon fiancé. Ils ont fini par me trouver chez un de mes oncles. C était horrible, ils ont tout ravagé et lancé du gaz lacrymogène. Une voisine de mon oncle, trop âgée, est morte à cause de cela. Une des femmes soldats m’a frappée puis, ils m’ont menottée et bandé les yeux. » Selon plusieurs témoignages recueillis, lors des arrestations de ces femmes naplousis, les soldats israéliens ont également commis de graves violences à l’encontre des familles des interpellés qu’il s’agisse d’hommes, de femmes ou d’enfants. Parfois, les prisonnières sont enfermées pendant plusieurs jours dans des bases militaires israéliennes avant d’être interrogées. Laïla Boukhari, détenue pendant sept ans et trois mois témoigne : « J’avais les pieds et les mains attachés avec des liens qui pénétraient ma chair. Un des soldats m’a dit : “Voici ton royaume Laïla !”. Le lendemain de mon arrivée, j’ai été réveillée tôt par six soldats. Ils m’ont brisé le nez et les dents. Pui s , ils m’ont enfermée dehors en plein soleil. J’avais le droit d’aller aux toilettes une seule fois par jour, juste une seule fois. Même dans ces moments là, j’étais menottée, les pieds attachés et les yeux bandés.

Les soldats qui m’emmenaient aux toilettes étaient souvent des hommes, ils m’attachaient à une laisse et me traînaient jusqu’aux toilettes. Ils faisaient exprès de prendre des chemins compliqués avec des escaliers, je trébuchais sans cesse, puisque je ne voyais rien. Je leur demandais s’ils pouvaient me libérer les mains pour que je puisse aller aux toilettes et me nettoyer les mains, mais ils ont refusé que je me lave pendant onze jours. Les soldats israéliens laissaient entrer les colons juifs dans cette base militaire. Ils venaient me cracher dessus, m’insulter. L’un d’entre eux m’a dit un jour : Laïla, Yasser Arafat est mort, le Prophète Mohammed est mort et toi tu vas mourir aussi.” »

Vient ensuite le moment de l’interrogatoire où toutes les tortures, qu’elles soient psychologiques ou physiques, peuvent être utilisées. « Pendant deux semaines j’étais attachée à une toute petite chaise dont le siège était incurvé, ce qui me faisait beaucoup souffrir. Mes mains étaient menottées et mes pieds liés. Pour me faire parler, les soldats israéliens m’ont empêchée de dormir pendant deux semaines », explique Ghofran, libre depuis juin dernier. Ayat a elle aussi été interrogée durant deux semaines, quatre à cinq heures par jour. « Pendant qu’ils m’interrogeaient, j’avais les pieds liés. Ils avaient affiché sur les murs des photos de ma famille et de notre maison. Ils menaçaient de la détruire et de tuer tout le monde si je ne parlais pas, ils menaçaient aussi de me frapper. Je n’avais pas le droit de boire, de manger, d’aller aux toilettes, de voir un avocat ou de parler à ma famille. Durant ces deux semaines, j’avais mes règles et ils ne m’ont pas donné de serviettes périodiques et ils ont refusé que je change de vêtements. » Les prisonnières palestiniennes sont ensuite transférées dans les prisons d’Asharon ou de Damoon où les  conditions de vie sont une insulte à la dignité humaine. Les cellules sont situées en sous-sol, les fenêtres sont  bouchées, l’humidité est omniprésente, les insectes et les rats rôdent.  Les prisonnières y sont parfois entassées jusqu’à vingt avec un seul toilette à l’intérieur. La nourriture est  exécrable, insuffisante et contient des insectes, des poils. Quant à l’eau, elle est de médiocre qualité.

La Palestine est une prison à ciel ouvert

 Les prisonnières palestiniennes sont souvent obligées de côtoyer les détenues israéliennes de droit commun enfermées dans les mêmes prisons.  Ces dernières les malmènent, dans l’indifférence de l’administration pénitentiaire et parfois même avec les encouragements des gardiens. Les détenues sont sans cesse harcelées par les soldats israéliens qui peuvent pénétrer à toute heure du jour et de la nuit dans les cellules avec ou sans prétexte. Elles sont alors obligées de se lever, comme pour les saluer, pour ensuite être fouillées et souvent frappées. Quand une détenue se rebelle, c’est la punition assurée : isolement dans une cellule ne dépassant pas les un mètre cinquante sur un mètre, pour une durée indéterminée. L’administration pénitentiaire israélienne peut également la priver de ses produits d’hygiène, comme le papier toilette, de visites, de s’acheter des produits alimentaires. Ce type de punition est aussi souvent infligé sans raison. Les prisonnières palestiniennes n’ont pas accès aux soins, même dans les cas les plus graves, comme  le cancer ou le diabète. Toutes souffrent de graves problèmes aux dents, aux articulations. Les médecins se contentent de leur donner de l’aspirine  Rendre visite à une détenue est un défi. Certaines prisonnières n’y sont pas autorisées. Chaque membre de la famille doit demander une autorisation aux autorités israéliennes. Quand celle-ci est délivrée, les cheiks-point sont informés de la venue du visiteur qui est parfois intercepté puis placé en garde-à-vue pendant plusieurs heures près de la prison. A la sortie, il doit partir sans avoir pu rendre visite à la détenue. Dans le cas où tous ces obstacles sont passés, le visiteur, homme ou femme, subit une fouille complète. « Quand une prisonnière sort de prison, elle ne recouvre jamais  entièrement la liberté. Suivie, espionnée, questionnée, elle est poursuivie toute  sa vie. Et de toute façon, la Palestine est la plus grande prison à ciel ouvert qui n’ait jamais existé», ajoute Youssef Qwariq.

Elsa GRIGAUT

7 janvier 2011 : liberthebdo.pdf        pdf liberthebdo2.pdf                  

Amitié Lille-Naplouse soutient les détenues palestiniennes

L’association Amitié Lille-Naplouse a pour objectif de renforcer le jumelage entre les deux villes et les liens entre Lillois e t Naplousis par le biais de différents projets. Le dernier né ? L’organisation du soutien aux femmes de Naplouse (en partenariat avec la LDH, Femmes solidaires, Du côté des femmes et l’AFPS) emprisonnées en Israël. Les lillois sont appelés à se mobiliser pour soutenir ces femmes incarcérées dans des conditions indignes. Des habitants fréquentant les maisons de quartier des Bois Blancs et de Vauban Esquermes se réunissent déjà autour de cette idée. Ecrire à ces femmes et à leurs familles, récolter des fonds pour financer les avocats, alerter les élus sur leurs situations sont les premiers axes de travail. Des initiatives sont prévues : un couscous aux Bois Blancs le 12 février ainsi qu’un gala de boxe thaïe à Vauban le 9 avril. Des suggestions ? Des questions ? Infos et contacts : http://lillenaplouse.unblog.fr

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