7 juin 2012 : « À Lomme, le témoignage poignant d’Aicha et Jarer, secouristes palestiniens » La Voix du Nord

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Les deux secouristes palestiniens, actuellement à Lille dans le cadre d’un programme d’échanges, ont rencontré mardi des sauveteurs lommois de l’UNASS (1). Un moment à la fois drôle et touchant. « Ils ont un immense courage et même un brin d’inconscience », résumait Martine, bénévole depuis 1975, au terme de leurs échanges.

 

7 juin 2012 :

 

Jarer et Aicha, secouristes palestiniens, ont échangé avec des membres de l’Union nationale des
sauveteurs-secouristes de Lomme.

PAR GILLES CONTRAIRE

lambersart@lavoixdunord.fr

Quelque chose d’indéfinissable semble les lier. Ils ne parlent pas la même langue, vivent dans des univers incomparables et, pourtant, ils se comprennent. Un geste, parfois même un simple regard suffisent. Comme s’ils faisaient partie d’une même famille. Il y a un peu de cela d’ailleurs.

Aicha Masri et Jarer Kanadelo sont installés depuis quelques minutes seulement que, déjà, fusent les premiers éclats de rire. « Eh, chef ! Ils font aussi de la baffologie ! », s’amuse un secouriste lommois. Ses mains miment de grands gestes que l’on aimerait pas voir atterrir sur une joue. Anissa Habane sourit elle aussi. La jeune femme est à l’origine de la venue des deux secouristes palestiniens à Lille. Elle les a rencontrés en 2003 à Naplouse, une importante ville palestinienne située à une soixantaine de kilomètres de Jérusalem. Membre de l’association Amitié Lille-Naplouse, elle a eu l’idée d’organiser leur venue pour une quinzaine de jours. Ils sont arrivés ce week-end. La structure lilloise ayant notamment pour objectif de « faire rencontrer des gens qui ont des choses à se dire », dixit son président, un
échange entre secouristes s’imposait.

Échanges studieux

C’était donc mardi au siège lommois de l’UNASS. Les bénévoles nordistes n’y ont pas seulement singé des baffes. Georges Lampin, le président de l’association, a simulé un massage cardiaque, utilisé un défibrillateur, le tout ponctué de hochements de tête studieux et de quelques rires. Il a également présenté à ses hôtes les actions de l’association via des photos. Aicha et Jarer y ont vu de la neige, des inondations. Un autre monde. Puis, est venu le temps de la présentation de leur quotidien à eux, là encore par le biais de photos…

Sur le mur blanc du local lommois de l’UNASS, défilent maintenant des clichés de guerre. La bonne humeur se met d’elle-même entre parenthèses. Deux hommes sont au sol. Les secouristes lommois reconnaissent Jarer, blessé au bras et à la jambe. Dans le même temps, Anissa Habane donne les grandes lignes des CV des deux Palestiniens. Jarer, 45 ans, est conducteur d’ambulance depuis dix ans. Aicha, qui a le même âge, est volontaire pour le Croissant rouge depuis quinze ans. La jeune Lilloise, qui a longuement discuté avec eux au préalable, évoque les difficultés liées aux couvre-feu, les fouilles des ambulances, les routes bloquées par les soldats israéliens. Les images projetées sont tirées d’un reportage filmé. Le document passe à vitesse réelle quelques minutes plus tard. On y entend des rafales de mitraillettes, des cris. La guerre et son odeur. Jarer et Aicha fixent l’écran. À quoi songent-ils à ce moment précis ?

Mystère.

Ambulance… blindée

Les secouristes lommois sont eux aussi figés. Fin de la projection. « «Nous, on fait de l’intervention de secours de confort. Quand on voit ça, on se dit que l’on est dans la bobologie », commente à chaud Georges Lampin. « Est-ce qu’ils en ont pas assez de leur boulot ?», lance une bénévole à l’attention du traducteur du jour. « Je continuerai jusqu’à ce que Dieu me prête vie », lâche Jarer. Et pourquoi continuer ? Un discret et triste sourire se dessine sur le visage du Palestinien : « Pour l’amour de ma patrie. » «Parce que notre peuple en a besoin », répond Aicha.

Pas un mot, pas un commentaire ne fuse sur le conflit israélo-palestinien. Non, ce n’est pas le lieu. Même quand Jarer indique avoir porté plus de cinq cents morts depuis le premier jour où il a endossé la tenue de secouriste. « Je ne sais pas comment j’ai fait pour ne pas devenir fou » Le projecteur s’éteint. Il est temps de passer à autre chose. Les secouristes sortent pour rejoindre leur véhicule d’intervention. Jarer et Aicha s’y installent comme ils le feraient chez eux, à Naplouse. À un détail près : celui-là n’est pas blindé. •

(1) Union nationale des sauveteurs-secouristes.

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