1er février 2011 : »Les cours de français en Palestine racontés aux enfants d’une école fivoise » La Voix du Nord

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«Est-ce que les femmes portent le voile?»… : les enfants avaient mille et une questions à poser.

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Abire Zeid Alkilani et Rania Ismail sont profs de français à Naplouse. Toute la semaine, grâce à l’association Amitié Lille-Naplouse, elles découvrent d’autres conditions d’enseignement.

PAR EMMANUEL CRAPET 1er février 2011 :lille@lavoixdunord.fr

Abire Zeid Alkilani a commencé par écrire la date du jour – lundi 31 janvier 2011 – en arabe. Pour la plupart des enfants de la classe de CM1-CM2 d’Emmanuelle Bertrand, c’est la première fois qu’ils voyaient écrire de droite à gauche. Abire est Palestinienne. Elle enseigne dans une des trois écoles publiques de Naplouse, où l’on apprend le français à des gamins tout juste un peu plus vieux que ceux qu’elle a croisés, hier, à l’école Bara-Cabanis dans le quartier de Fives.

Avec Rania Ismail, elle aussi prof de français à Naplouse, et Manar Al Aker, inspectrice chargée de l’enseignement du français en Cisjordanie, Abire passe la semaine dans la région, à Lille surtout, dans les pas des membres d’Amitié Lille-Naplouse. « Le projet de correspondance scolaire entre des élèves de la métropole et des enfants apprenant le français à Naplouse a été initié pendant l’année scolaire 2009/2010 », raconte Marc Leblanc, secrétaire de l’association. « Au début, on est parti avec le nez au vent », reconnaît le Lillois. Les choses ont commencé à se préciser en avril, quand des enseignants de la métropole sont allés à la rencontre de leurs homologues palestiniens, chez eux, à Naplouse. « On joue le match retour », s’amuse Marc Leblanc, heureux de souligner que le projet dépasse le stade de l’échange de courriers entre Français et Palestiniens.

Les enfants de la classe de Mme Bertrand préparent depuis plusieurs jours cette visite. « Le projet de l’école est centré sur les solidarités », glisse Nicole Taquet, la directrice. « Nous sommes allés au Tri postal voir l’expo La Route de la soie, explique aussi l’enseignante, et surtout la maquette de l’artiste palestinien qui montrait le mur en 2020. Après, j’ai demandé à mes élèves de rédiger leur portrait. » Un travail en deux temps : le premier avec des mots, le second en dessin. On est loin de « L’École des fans », mais Emmanuelle Bertrand aurait mis 10/10 à toute la classe. « Écrire pour des enfants d’un autre pays dans l’idée de mieux les connaître, ça a du sens. Ça offre une ouverture mutuelle. » Les enfants du Proche-Orient ont fait la même chose.

« Non, on ne fête pas Halloween »

Au niveau des conditions d’enseignement, Abire et Rania passent de la cave au grenier. Il n’est pas rare, dans les écoles de Naplouse, de compter jusqu’à 50 enfants par classe. « Pour les cours de français, on essaie de les séparer en deux. » Il y a bien des salles informatique, mais sans connexion internet. Il y a bien des bibliothèques, mais sans livres pour les enfants. Pour la lecture, ça s’arrange : Amitié Lille-Naplouse (épaulée pour ce coup-là par l’association Amis sans frontières) envoie cette semaine des cartons de bouquins à Naplouse. Pour internet, Marc Leblanc et ses amis ne peuvent malheureusement pas faire grand-chose.

Hier après-midi, les enfants de l’école fivoise avaient mille et une questions à poser : le voile – « Toutes les femmes ne sont pas voilées.

Regardez-moi » -, la télévision, la nourriture – « En Palestine, on a les meilleurs fruits et légumes du monde » -, les fêtes religieuses – « Non, on ne fête pas Halloween »… Même quand ont été abordées les questions de la guerre, du mur et des relations avec les Israéliens, Abire Zeid Alkilani a gardé un ton très professoral : « On connaît quelques problèmes parce qu’on n’est pas indépendants, mais on vit. » L’occasion aussi de délivrer quelques messages d’espoir : « La situation est plus calme. On peut sortir de notre ville. » Le « match retour » dont parlait Marc Leblanc se joue toute la semaine, avec des incursions prévues dans le milieu de l’enseignement professionnel, au musée de la Mine ou en mairie de Lille. Il y aura également une troisième mi-temps. En 2012, au moment de la Semaine des solidarités internationales, Amitié Lille-Naplouse caresse l’espoir de faire venir des enfants de Naplouse, porteurs d’un livre imprimé là-bas qui raconterait les trois ans d’échanges. •

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