« Permis de tuer » de Nabil El-Haggar

 Gaza Permis de tuer (3) 

L’Europe est coupable Deuxième partie

Nabil El-Haggar Université de Lille 

  Quand la vérité n’est pas libre, 

la liberté n’est pas vraie 

Prévert 

                 Dans la première partie  de ce texte (que l’on peut lire ci-après), nous avons rappelé que la classe politique européenne  était informée et avons tenté de montrer sa complicité dans le massacre qui a détruit Gaza et enlevé la vie à des milliers de palestiniens. Dans cette deuxième partie, nous nous intéresserons à l’opinion publique européenne et ses responsabilités envers un peuple palestinien en souffrance, abandonné seul face à une machine coloniale qui se considère au-dessus du droit et de tout autre considération.       

  Les blocages de l’opinion publique européenne 

            Il est important autant pour les victimes palestiniennes que pour nos concitoyens de situer, à la veille des élections européennes, la place qu’occupe l’opinion publique dans cette systématicité politique complice avec Israël.  Pour évoquer l’injustice commise à l’égard des Palestiniens et chercher le soutien de l’opinion publique à leur juste cause, il faudrait d’abord répondre aux questions suivantes : Pourquoi cette opinion, des décennies durant, a-t-elle été inconditionnellement favorable aux thèses israéliennes ? Pourquoi, encore aujourd’hui, même quand l’évidence interpelle leur conscience et leur sens moral, un grand nombre d’Européens ont-ils tant de difficultés à critiquer Israël et refusent de le condamner ?         En effet, dans le regard que l’on porte sur le conflit, israélo-arabe d’abord, israélo-palestinien ensuite, la vérité a toujours été occultée par le mensonge. Quand elle n’était pas simplement niée, elle était systématiquement écartée. Quatre raisons au moins ont permis que le mensonge direct ou indirect par le non-dit puisse triompher aussi longtemps : 

  -          Le clivage spontané et culturel    

    Il est évident que les démocraties occidentales, malgré leurs efforts, restent entachées d’un passé colonial peu glorieux. Encore aujourd’hui, l’européocentrisme et une certaine culture néocoloniale peuvent influencer le regard que l’on porte sur l’autre, cet autre, lointain, inconnu ou mal connu, que l’on ignore ou que l’on méprise autant qu’on peut et que l’on déteste s’il le faut.         Bien entendu, il n’est pas question de faire croire que l’autre est plus respecté en Orient, et que le regard que l’on porte sur lui est plus ouvert. Bien au contraire, l’Orient arabo-musulman, lui non plus, ne se prive pas de porter un regard déformé sur l’Occident et sans doute aurait-il beaucoup à apprendre de l’expérience démocratique occidentale. Si on ne peut, en toute rigueur, parler d’orientalo-centrisme, en revanche, on devrait regarder de très près le développement des différentes forces, très populaires dans le monde arabo-musulman, engendrées par une instrumentalisation effrénée de l’Islam, et les conséquences qui en découlent. Une vision binaire du monde domine le discours de l’Islam politique radical qui puise notamment sa force dans la faiblesse du monde dont il est issu et dans la domination d’un Occident qui excelle dans l’exercice, au niveau des relations internationales, du principe de deux poids, deux mesures.       La Palestine est à la fois au centre de ce discours islamiste et une victime permanente de la politique de deux poids, deux mesures.         Il n’en reste pas moins que la cause palestinienne est bien victime d’un clivage, spontané et culturel, que l’inconscient collectif européen situe entre le Nous et le Eux. Un clivage entre le « ici » et le « là-bas ». Le Palestinien fait partie d’Eux, de l’autre alors que l’Israélien est d’ici, il fait partie de Nous. Quand on lit chez un grand philosophe européen, Habermas, dans le journal Le Monde[1] : « … aucun Européen ne peut remettre en cause l’existence de l’État d’Israël … », on comprend à quel point ce clivage est réel. Le plus remarquable dans ce propos est moins l’affirmation elle-même que l’absence du Palestinien dans le propos. Habermas arrive à faire abstraction totale des Palestiniens, alors que, bien évidemment, il est non seulement bien informé de leur existence, mais, sans doute, sensible à leur souffrance. Cela ne l’empêche pas, sur le plan éthique et intellectuel, de porter un regard sur Israël et sa politique, en tant qu’une affaire européo-israélienne ! La question se pose donc : comment un philosophe de cette envergure peut-il  être aussi spontané et simpliste dans une analyse politique ?    

-         La mauvaise conscience occidentale   
           L’Europe a enfanté l’anti-judaïsme puis l’a transformé en antisémitisme. Elle a enfanté le nazisme. Elle est responsable de siècles de discrimination envers sa population juive, considérée d’abord en peuple déicide, en peuple paria ensuite. Il y a un peu plus de soixante ans, elle a envoyé des millions de Juifs à la mort. Dans ce cas, avoir mauvaise conscience est plutôt rassurant. Néanmoins, c’est cette même mauvaise conscience qui sera instrumentalisée par le sionisme et l’État d’Israël et qui, entre autres, permettra le durable aveuglément que l’on connaît. Israël est né en Europe, il est son prolongement, il en fait partie. Il aura fallu que des Européens programment et exécutent un génocide à l’encontre des Juifs européens, qu’un grand nombre de survivants deviennent, souvent malgré eux, des colons dans une Palestine soumise à une conquête coloniale, pour qu’enfin l’Europe considère ses Juifs comme des Européens à part entière. Il aura fallu que l’Europe transforme les survivants de ses Juifs en colons, malgré eux, sur une terre choisie, confisquée, prise et quasiment vidée de ses autochtones pour y construire un nouveau pays, pour considérer enfin les Juifs d’Israël, à plus de 4000 km de l’Europe, comme des Européens, et traiter l’Etat d’Israël nouvellement créé comme bastion avancé de l’Europe. 
            L’instrumentalisation de l’horreur antisémite aura été un des principaux piliers, à la fois, du discours pro israélien et de la confiscation du judaïsme par le sionisme. La facilité avec laquelle l’opinion se fige devant le mal que fait Israël aux Palestiniens pourrait laisser croire qu’il appartient aux Palestiniens de payer le prix des crimes antisémites commis en Europe. Les amis européens des Palestiniens se sentent obligés de prendre nombre de précautions avant de relater, ne serait ce que les effets historiques du conflit. Ils ont pour obligation, en guise d’introduction, à toute expression favorable aux Palestiniens et défavorable à Israël, de rassurer sur leur bonne foi et prouver leur innocence du crime d’antisémitisme. La facilité avec laquelle la mauvaise conscience européenne se montre efficace dans l’abandon du Palestinien dans ses souffrances oblige à répéter des évidences, rappelant que les Palestiniens ne sont pour rien dans les crimes antisémites et que les gendarmes qui ont procédé aux rafles des juifs dans le métro parisien, en 1942, pour les envoyer dans les camps de la mort, s’appelaient Jean, Pierre, François, Alain… Que les directeurs d’écoles qui ont livré, à la Gestapo, les listes d’enfants juifs inscrits dans leurs écoles, avant même qu’on le leur demande, étaient des Français !.      En même temps, la Shoah est singularisée, l’horreur est hiérarchisée. Comme s’il incarnait la seule réponse capable de compenser la souffrance juive, considéré comme le dernier refuge du peuple juif, Israël est considéré comme une exception et par là même, la souffrance palestinienne devient secondaire. Un blanc-seing est ainsi donné à Israël, ce qui l’exonère de tout critique. Plus grave est cette perversion que l’on fait subir à la Raison, induite par la volonté de justifier le statut d’exception ainsi octroyé à Israël. Pour ce faire, on exige de mettre de côté notre Raison, la bannir et l’obliger à s’incliner devant l’exception. Tout en oubliant qu’à chaque fois que l’on accepte une exception, on enterre le principe fondateur de cette même exception ! L’acceptation de l’exception israélienne a enterré le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. De plus, quand il s’agit de la question israélo-palestinienne, l’atteinte à la Raison qui est pourtant le socle de notre civilisation et le fondement de notre modernité, nous conduit à mettre entre parenthèses notre éthique politique, en acceptant son annulation devant « la puissance de l’exception israélienne » ! Céder aux exceptions exigées par ce politiquement correct conduit à notre acceptation de la catastrophique politique de Deux poids, Deux mesures.       Quand on cumule ainsi le clivage culturel et la mauvaise conscience, l’irrationnel prend le dessus et des grands penseurs se diminuent, ne serait ce que le temps d’écrire un texte sur le conflit israélo-palestinien.   
-         Le clivage politique 

     Israël est politiquement un allié naturel de l’Occident. Économiquement, culturellement, scientifiquement, et surtout militairement, il est non seulement l’enfant prodige, mais aussi l’allié sur lequel on peut compter en toutes circonstances. Aussi honorables soient les sympathies que des hommes politiques puissent avoir à l’égard des Palestiniens, rares sont ceux qui sont capables d’opérer une rupture avec Israël. Leur propre connaissance de la question palestinienne frôle parfois l’ignorance et, victimes spontanées du clivage culturel et de la mauvaise conscience, menacés par le déferlement de l’inquisition sioniste, la classe politique européenne, dans sa majorité, n’a ni l’envie, ni les moyens de prendre des décisions qui mettent en cause Israël. La tergiversation du Parlement européen lors du renouvellement des accords scientifiques entre l’Europe et Israël montre l’exemple de ce blocage. L’abstention de certains pays européens, lors du vote de l’Assemblée Générale de l’O.N.U. concernant la question du Mur en est un autre. Pire encore, on pourrait se demander pourquoi le Ministre français des affaires étrangères a éprouvé le besoin d’envoyer au Tribunal international (T.P.I.), un mémorandum, faisant la démonstration que la question du Mur est politique et non juridique ! En d’autres termes, en quoi une éventuelle condamnation d’Israël par le TPI dérangeait-elle la France et l’Europe, alors qu’elles se sont déclarées contre le Mur ?         Prenons encore l’anecdote du sondage fait auprès de l’opinion publique européenne en décembre 2003. A la question : quel pays serait le plus dangereux pour la paix dans le monde ? Une majorité avait désigné Israël. Certes, ce n’est qu’un sondage avec toutes les limites des conclusions que l’on pourrait en tirer, néanmoins, le Président de la Commission Européenne, Prodi, a éprouvé le besoin d’adresser une lettre de justification au Premier ministre israélien, l’assurant du non-antisémitisme des peuples européens et de l’amitié de l’Europe envers le peuple d’Israël ! Nous sommes, dans ce cas, face au comble de l’absurde, de l’hypocrisie et de l’amalgame.          Dans un autre genre, François Mitterrand, Président de la République française, fraîchement élu, a effectué sa première visite à l’étranger en Israël, ce qui a est en soi une expression de son amitié à Israël. Mais, plus symbolique et plus grave, s’adressant aux députés israéliens, à la Knesset, il exprime l’honneur qui est le sien de s’adresser aux représentants du peuple juif depuis plus de deux mille ans !         Plus récemment, suite à une affaire crapuleuse d’enlèvement et de meurtre d’un jeune juif français[2], Nicolas Sarkozy[3], ministre de l’intérieur de la France, a tenu à l’Assemblée Nationale un propos pour le moins étonnant : « les perquisitions ont permis de découvrir des documents de soutien au  Comité de Bienveillance et de Secours aux Palestiniens[4], ainsi que des prescriptions de caractère salafiste ». Nous ne discutons pas de la question qui avait animé, à juste titre, les médias et scandalisé la classe politique, concernant le caractère antisémite du meurtre. Ce qui pose question dans le propos du Ministre, citant la Palestine dans une affaire crapuleuse et de plus antisémite, est le fait que le ministre a éprouvé le besoin de rapporter la présence de ce tract. Un tel propos fait forcément croire que la présence d’un tel document, en rapport avec la Palestine, vient étayer la thèse antisémite et que « Palestine » et « salafiste » sont des mots qui vont ensemble.  C’est tout simplement scandaleux et totalement injuste. Le ministre de la République serait-il, du haut de la plus importante et la plus symbolique des tribunes, lui aussi victime de ses préjugés sur la question palestinienne? A-t-il, ne serait ce que le temps d’une intervention, perdu la raison pour laisser exprimer l’émotion ? Ce qui n’est pas scandaleux en soi, un ministre est un homme qui peut parfois se laisser à l’émotion, auquel cas, nous aurions appris de quelle source, concernant la question palestinienne, se nourrit l’émotionnel de Monsieur Sarkozy. En revanche, sachant que l’antisémitisme fait partie de la culture politique des Salafistes, on comprend sans difficulté l’intérêt de la citation des prescriptions de caractère salafiste.        Avec les excuses de Prodi, comme avec le discours de Mitterrand, l’homme politique européen reconnaît, très officiellement et solennellement, dans l’État-nation Israël une continuité de la présence juive antique en Palestine. Dans ce cas, s’agirait-il d’une confusion, d’une caricature politique, qui relèverait de la traditionnelle langue de bois des politiques ? Nous ne le pensons pas. Il s’agit bel et bien, d’une conviction que l’on se fabrique à partir d’un irrationnel contraire au fondement de la modernité européenne. Pour justifier l’injustifiable, on se convainc qu’Israël l’européen, est une continuité de la Judée et de la Samarie bibliques. Par cela même, cette conviction, autorisant Israël à transcender l’histoire, légitimant la conquête sioniste coloniale de la Palestine, en la transformant en reconquête humaine, justifierait l’injustice commise contre les Palestiniens et dans laquelle l’Europe a une responsabilité historique. L’exemple de Sarkosy est intéressant dans la mesure où il montre les préjugés dans le discours politique. Quant à l’évocation, ci-dessus, de l’hypothétique aspect émotionnel, elle aura du moins l’intérêt d’intégrer à juste titre l’émotionnel, souvent mis de côté dans l’analyse des convictions qui font les décisions politiques. En effet, le champ émotionnel des politiques se nourrit, comme pour tout un chacun, d’un ensemble complexe d’éléments socio-culturels propre à l’histoire des individus. Tout laisse à croire que l’histoire de l’antisémitisme européen, rejointe par celle de l’européo-centrisme et du clivage culturel, a conduit à une ignorance, consciemment ou inconsciemment entretenue, qui forge un émotionnel naturellement anti-palestinien. De plus cet émotionnel conforte le politique européen qui a besoin d’arguments pour justifier, voire se justifier de son inconditionnel soutien politique actuel à l’État d’Israël, mais aussi pour se donner des explications éthiques et historiques qui justifieraient une conquête immorale éthiquement, inacceptable d’un point de vue politique et rationnellement injustifiable au temps de la décolonisation et de la repentance !      

-         L’ignorance et l’absence de réflexion 

     Dans la culture de l’Européen ordinaire, la Palestine n’est, à double titre, qu’une abstraction. Elle est un pays lointain qu’on ne connaît pas et qu’on ne cherche pas à connaître. Elle est biblique et l’on préfère ainsi la garder mythique, ce qui permet de ne pas supporter la réalité physique d’une Palestine peuplée d’Arabes et de Musulmans. D’ailleurs, on ne sait pas, ou on l’oublie, que la Palestine est aussi chrétienne et juive, que le premier Chrétien de la terre était palestinien !       L’histoire contemporaine de la Palestine est rarement connue. C’est la guerre d’indépendance de l’État d’Israël qui est enseignée à l’école. On n’arrête pas de répéter  tantôt qu’il s’agit d’un conflit israélo-arabe, tantôt d’un conflit judéo-arabe héréditaire, tantôt d’une question de frontières, de guerres entre pays, d’incompréhension entre peuples ou d’intérêts économiques. Peu, trop peu nombreux sont les Européens qui connaissent les principales vérités soigneusement et longuement écartées dont celle relative à la manière dont la création d’Israël a eu lieu en 1948. Celle qui apprendrait aux jeunes et moins jeunes que la Palestine était un pays peuplé par ses habitants, les Palestiniens qui vivaient en société organisée du haut en bas, avec ses riches et ses pauvres, ses intellectuels et ses ouvriers, ses citadins et ses paysans. Que l’Hamlet de Shakespeare a été joué, en arabe et, entre autres, par une femme sur une scène de théâtre à Haïfa, en 1931, que l’Union Générale des Etudiants de Palestine, l’Union Générale des Ouvriers de Palestine, comme celle des Femmes de Palestine sont nées à la fin des années vingt, que le parti communiste palestinien est né avant le parti communiste chinois. Que simplement les Palestiniens n’ont jamais cessé de constituer une société et aspiraient à construire leur propre modernité, que les Palestiniens ont subi une injustice effroyable, une expulsion forcée, une humiliation, une expropriation et des massacres. On oublie qu’un véritable génocide social a été programmé afin de déstructurer et détruire la société palestinienne.  Pourquoi serait-il immoral de rappeler qu’en 1948, il s’est agi du rapt, du vol d’un pays tout entier, avec la complicité de l’Europe, des Etats-Unis et du monde civilisé ? Très peu nombreux sont ceux qui connaissent l’horreur dont Israël est capable à l’égard des Palestiniens, que la société coloniale israélienne, comme toutes les sociétés humaines, est capable de faire mal à l’autre, d’autant plus que cet autre, le Palestinien, est considéré comme une menace, qu’Israël, même peuplé par les descendants des victimes de la Shoah et capable de produire de la démocratie, de la technologie et de la culture, mais aussi d’engendrer de la barbarie au quotidien et que ce quotidien est subi par les Palestiniens.    En guise de conclusion Ça serait une erreur de croire que l’Europe est une complice forcée d’Israël. Qu’elle aurait capitulé comme l’ont écrit certains spécialistes français  du Moyen-Orient. L’Europe politique n’a pas capitulé devant Israël, elle soutient Israël, et elle l’aime. Elle est une alliée fidèle et consciente d’Israël.  D’ailleurs, il convient de faire remarquer que le reprochement entre la vision européenne de « la paix dans le monde » et celle des Etats-Unis s’opère chaque jour. Une véritable alliance européo israélo américain se construit sous nos yeux, grandit, se transforme et s’harmonise pour le plus grand plaisir d’Israël et son puissant lobby américain.   Comment et pourquoi ?     Le Président de la République vient d’annoncer, le 27 février, que la France réintégrerait[5] le Haut Commandement militaire de l’Otan lors du prochain Sommet de l’Organisation à Strasbourg, le 4 avril prochain. Le Premier ministre François Fillon a annoncé qu’à l’occasion du débat le 17 mars prochain à l’Assemblée nationale sur le retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN, il entendait engager la responsabilité de son gouvernement. L’abandon de la position française initiée par le Général De Gaulle en 1966 et le virage atlantiste de la France seront ainsi complets !  Par ailleurs, des liens très forts ont toujours animé les relations entre l’Otan et Israël depuis la création de ce dernier. À ses débuts, cette relation se voulait  discrète. Depuis la fin de la guerre froide, Israël occupe une place de choix entre les Etats-Unis et les anciens pays de l’Est, d’une part, et, d’autre part, entre les Etats-unis et l’Europe. Aujourd’hui, Israël est un membre associé à l’Otan et à ce titre, il occupe une place stratégique pour le maintien de « la paix dans le monde ». Une paix dont l’accomplissement passe par la guerre sans merci contre le terrorisme. À sa création, Israël était chargé d’être le bastion contre la barbarie. Aujourd’hui, il s’agit de confier à Israël la tête du combat contre « une nouvelle barbarie » : le « terrorisme au Moyen-Orient.  Ce combat exige un soutien sans faille des alliés : les Etats-Unis et l’Europe. L’envoi de la frégate française « Germinal »[6] qui a procédé pendant deux semaines à des actions de surveillance dans les eaux internationales au large de la Bande de Gaza en est l’illustration.    Nous avons tous suivi, pendant le massacre de Gaza, la mobilisation des chefs d’Etats européens auprès de l’Egyptien Mobarak, le président Sarkosy, le Britannique Brown, l’Espagnol Zapatero, l’Allemande Merkel. Ces chefs d’Etats engageaient certes leurs pays et une grande partie de l’Europe. Mais l’essentiel de cet événement prend son sens dans l’inauguration de leur présence au Moyen orient en tant que membres  actifs de l’Otan.     L’Europe politique a été conquise à la vision israélo–américaine, une vision d’un monde binaire : le monde du bien et celui du mal.  Ce qui veut dire que désormais, ce n’est plus l’Europe qui s’exprimera lorsqu’il s’agira du conflit israélo-palestinien mais la partie européenne de l’Otan. L’Europe est coupable !    Décidément, il est plus qu’urgent que les peuples de l’Europe se mêlent de politique !  



[1] Jürgen Habermas, « Dans la pratique, l’antisionisme est désormais discrédité » in Le Monde, 31 janvier 2004

[2] Il s’agit de la tragique affaire de l’enlèvement et du meurtre d’Ilan Halimi, un jeune juif de 23 ans dont le corps dénudé et meurtri, par une bande de meurtriers et kidnappeurs qui se nome « les Barbares » a été retrouvé le 13 février dernier près de la gare de Sainte-Geneviève des Bois (Essonne).

[3] Le ministre de l’intérieur intervenait après que les enquêteurs sur le meurtre en question aient déclaré que l’accusation pense que le caractère juif de la victime n’est pas étranger à son assassinat.

[4] Le Comite de Bienveillance et de Secours aux Palestiniens est une ONG française d’obédience islamique.

[5] La France est sortie du commandement intégré de l’Otan sur décision du Général De Gaulle en 1966

[6] permis de tuer (3), l’Europe coupable, première partie, notre article

Gaza 

Permis de tuer (3) L’Europe est coupable Première partie      Nabil El-Haggar Université de Lille Nabil.elhaggar@gmail.com Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie Prévert                   Le massacre de 22 jours et nuits est suspendu dans l’attente de l’arrivée de la nouvelle équipe gouvernementale israélienne. Les heureux survivants sont toujours punis d’un blocus total. Ils respirent encore du Phosphore blanc mélangé à la poudre noire. Ils sont menacés par des tonnes de déchets, des matières toxiques et des munitions non-opérées qui peuvent mettre en péril leur vie à chaque instant. Ils n’ont pas encore fini de ramasser les corps et ce qu’il en reste, d’un fils ou d’une fille, d’un mari ou d’un cousin recouverts par les décombres. Ils sont des milliers à devoir survivre sous une tente pour la deuxième fois, soixante ans après avoir étés expulsés par les milices sionistes et avoir étés réduits à la condition de réfugiés à Gaza.               Les survivants de Gaza et tous les Palestiniens du monde cherchent à comprendre pourquoi le monde a laissé le monstre nommé Israël faire ce qu’il voulait d’eux pendant plus de 22 jours. Pourquoi la Civilisation a laissé faire, alors qu’elle a été informée du massacre en préparation par l’exécuteur, lui-même membre prestigieux du club  des « civilisés ».     Nous savons que le voyou est protégé et considéré comme une exception par ceux qui l’ont fabriqué. Nous savons qu’il n’a pas pour habitude de demander autorisation. Il décide, informe, exécute sa décision et exige la bénédiction de la famille nommée Europe, laquelle a toujours pensé avoir pour obligation de le cautionner. C’est ainsi que l’Europe se rend complice du monstre depuis soixante ans. L’Europe est deux fois coupable : d’abord par cette complicité, ensuite, ce qui est plus grave, parce qu’elle a trahi ce qu’elle incarnait aux yeux des Palestiniens, le seul espoir qui restait pour eux de voir un monde plus juste ! Un monde qui soit capable d’arrêter le crime qu’ils subissent depuis 60 ans! L’Europe est définitivement deux fois coupable !   D’abord, afficher le ton             Dès le 29 décembre Le Monde[1]  affiche, à sa une, le ton qui sera celui des médias et des Etats européens : « Israël s’apprête à intervenir militairement dans la bande de Gaza »… « Même l’écrivain Amos Oz, connu pour ses idées pacifistes, estime que les souffrances des civils vivant à la périphérie de la bande de Gaza ne peuvent plus continuer ».   Ne doit-on pas comprendre qu’Israël doit se défendre, parce que c’est lui qui est agressé ? Le Monde ajoute : « une intervention de Tsahel n’est pas sans risque, la population civile risque d’en être la première victime ». Le ton est donné, le massacre aura lieu ! mais il ne devra ni ne sera appelé par son nom. On dira « Offensive », « intervention », « riposte », « actions anti-terroristes » que l’enfant prodige nommé le Tsahel mènera en notre nom à nous tous ! Quelle est sympathique cette proximité qu’éprouvent les médias européens, comme la grande majorité de la classe politique européenne, avec cette « chose » qui porte une si jolie appellation : Tsahel ! C’est si mignon de s’appeler Tsahel que l’on en oublie qu’il s’agit de la cinquième puissance militaire du monde, ayant en sa possession 200 têtes nucléaires opérationnelles.   Le lundi 29 décembre, le Quai d’Orsay décline la position officielle de la France en trois points : 1- « La priorité », selon Paris, est « la fin des hostilités  et le retour de la trêve ». 2- La France estime, ensuite, que « l’urgence est aussi humanitaire » et propose « une aide médicale et alimentaire supplémentaire à la population de Gaza ». 3- Enfin, à moyen terme, « dans la perspective d’une trêve renouvelée qui permettrait de réexaminer les modalités du bouclage de Gaza par Israël, la France a fait part de la disponibilité européenne pour reprendre un rôle « dans l’assistance aux points de passage de Gaza qui doivent rester ouverts »[2]  A la lecture de ce communiqué au nom de la République, on pourrait croire qu’il s’agit d’une crise humanitaire : on parle d’hostilités que l’on ne juge pas. Il y a des victimes que l’on doit aider, sans jamais en désigner les responsables. Pas un mot sur l’occupation, encore moins sur la colonisation, une acceptation du blocus de Gaza que l’on pourrait améliorer…   Mardi 30 décembre, les ministres européens se réunissent à Paris. « En dépit de leurs divergences sur l’opération – jugée légitime par les uns, disproportionnée par les autres – les Européens sont parvenus à une déclaration commune réitérant les appels au cessez-le-feu. » Voilà tout ce dont, après une longue discussion, les responsables européens ont été capables pour tenter de sauver les centaines et les milliers de palestiniens dont le sort avait déjà été scellé !   Le premier janvier le président français reçoit la ministre israélienne des affaires étrangères. Il demande un cessez-le-feu qui lui sera refusé ! Depuis le premier janvier, les Européens n’ont fait que des allers retours entre l’Europe et le Moyen-Orient pour l’obtention d’une trêve ! La vérité est que pendant ce temps, ils laissaient sciemment le temps à Israël pour continuer sa sale besogne.   Selon des médecins français, La diplomatie de notre pays a refusé l’autorisation de faire venir en France des jeunes palestiniens atteints des blessures graves ! Pourquoi ce refus, qui semble étonnant, étant donné que la France a beaucoup insisté sur l’humanitaire ? La seule réponse convaincante est que notre diplomatie a cédé aux pressions d’Israël qui ne voulait pas de témoins de sa barbarie sur le territoire français.     Le temps du massacre est passé ! Dernier geste « symbolique » : celui d’envoyer en mission la frégate française « Germinal », qui a procédé pendant deux semaines à des actions de surveillance dans les eaux internationales au large de la Bande de Gaza. Ce bâtiment agissait « en appui aux actions menées par l’Egypte et Israël contre la contrebande d’armes à destination de Gaza », précise la présidence française dans un communiqué. Le symbole est fort : La France se considère comme militairement alliée à Israël. C’est ainsi que pour la première fois depuis la guerre de Suez de 1956 elle participe à une opération militaire au profit d’Israël. Le symbole est aussi fort car il indique sans ambiguïté une position politique appuyée par une participation armée au côté d’Israël. Ce soutien solennel à Israël fait définitivement tomber les masques ! Selon l’Europe, l’agressé c’est Israël, les agresseurs sont les Palestiniens. Ces agresseurs doivent être traités comme des bandes armées, qu’il faut empêcher de s’équiper. Par là même, l’Europe dénie aux Palestiniens le droit à la résistance. Quant à Israël, bien sûr, on trouve naturel qu’il continue à développer son impitoyable et meurtrière machine de guerre. L’Europe est coupable !     Deux mondes, deux mesures             Alors que le blocus barbare affamait et tuait les Palestiniens à Gaza et que le mur de l’apartheid comme les centaines de barrages continuent à pourrir quotidiennement la vie à des centaines de milliers de Palestiniens en Cisjordanie, alors qu’Israël continue la colonisation de la Cisjordanie à un rythme effréné, alors que plus de onze mille Palestiniens croupissent dans les prisons israéliennes depuis de longues années sans jugement, sous la torture et souvent pour de raisons de résistance politique, l’Europe sous présidence française a décidé de rehausser ses relations avec Israël. Ce qui est contraire à la charte européenne. L’Europe est coupable !   Le cas du soldat Gilad Shalit, capturé en juin 2006 par le Hamas est instructif. Le Hamas, rappelons-le n’est pas un Etat mais un groupe armé de résistance. La capture de Shalit a mobilisé les autorités françaises, alors que celui-ci est caporal dans l’armée israélienne, il s’est fait capturer en uniforme dans une mission de guerre (Israël est en guerre permanente contre « le terrorisme »). Il n’a pas été à Gaza dans une mission politique et encore moins humanitaire ! La famille du soldat a été reçue trois fois par le président de la République ! Le 16 décembre 2008, le Conseil de Paris a décidé d’attribuer le titre de Citoyen d’Honneur de la Ville de Paris à Gilad Shalit, en signe de solidarité de l’ensemble des Parisiens envers ce jeune franco-israélien de 22 ans. Faut-il en déduire que le Maire de Paris et son conseil considèrent que la guerre que mène Israël contre les Palestiniens est une guerre franco israélienne ? Serait-elle une guerre dont les intérêts sont liées à ceux de la France et des Français?   Dans l’autre monde, Salah Hamouri, un jeune Français citoyen ordinaire de père palestinien, qui aura 24 ans en avril prochain, va entamer sa 5e année d’emprisonnement en Israël. Condamné à 7 ans de prison par un tribunal militaire israélien le 17 avril 2008, il a été jugé et condamné sans preuves ni aveux et sans que sa défense puisse être assurée selon les règles fondamentales du droit de la défense. Ce que les autorités israéliennes appellent « une punition préventive ». Son arrestation, comme sa condamnation et son emprisonnement, sont illégaux au regard du droit international (car réalisés en territoire occupé par une puissance occupante). Aucune autorité française, ni l’Etat ni « saint Kouchner », ni le Maire de Paris n’ont été émus d’une telle injustice à l’encontre d’un citoyen français qui n’a rien fait de répréhensible. Plus grave, ils ne semblent pas plus que l’ensemble des autorités européennes, être scandalisés des pratiques israéliennes vieilles de 60 ans telle que « la punition collective », « la punition préventive » et « l’assassinat préventif ». Autrement, comment comprendre que les autorités de notre pays n’ont pas cherché à obtenir au moins, les preuves d’accusation fournies par le tribunal d’un Etat très ami ! Pourquoi rien n’a-t-il été fait pour libérer ce jeune homme ?    Les exemples qui attestent une permanente complicité de la France et de l’Europe avec Israël sont trop nombreux pour êtres tous cités.  Cette complicité européenne est bien grave pour l’Europe elle- même pour au moins deux raisons : La première est que le massacre de Gaza engendre naturellement une facture  à acquitter dont une part non négligeable devra être acquittée par l’Europe. La deuxième raison est que cette complicité éthiquement et politiquement scandaleuse donnerait raison à Henry Kissinger qui disait : « Les grandes puissances n’ont pas de principes, elles n’ont que des intérêts ».     A suivre :  L’Europe coupable, deuxième partie      



[1] Pour information, le Monde a toujours refusé de publier mes textes sur la Palestine et notamment «Accompagnez moi à Gaza »,  «permis de tuer» et «permis de tuer (2), les pays arabes».

[2] Le Monde, 31 décembre, 2008, p5

GAZA, Permis de tuer (2)! Quand le Monde regarde Les pays arabes   Par Nabil El-Haggar, Universitaire, Nabil.el-haggar@hotmail.fr Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie Prévert   Aujourd’hui, samedi 17 janvier, 21ème jour du massacre, 1199 morts, 5600 blessés ! Rien que de l’ordinaire à Beit Lahia, une maison, bombardée et détruite sur la tête de ses habitants, une famille entière a été décimée. Jabalia, même scénario, 6 morts, la mère et ses 5 enfants viennent de disparaître dans l’enfer israélien. Une école de l’UNRWA qui abritait 1600 personnes ayant cru pouvoir échapper à l’horreur. Erreur, l’Ecole de l’ONU vient d’être bombardée, à 10h30 ce matin, des morts et de blessés, combien ? on ne le sait pas encore !  Etant donné qu’Israël nous a habitué à un certain génie de la manipulation du symbolique, beaucoup d’observateurs moyen-orientaux pensaient qu’Israël allait arrêter le massacre avant d’atteindre la barre des 1000 morts. Erreur, Israël a choisi cette fois de mettre l’accent sur une symbolique bien plus fondatrice: Israël est le Maître du Moyen-Orient ! La quasi totalité des pays arabes lui ont accordé leur totale soumission, l’Occident et l’Orient asiatique, y compris la Chine, lui ont accordé leur totale complicité et donc un soutien sans faille.   Il ne reste à Israël qu’à affirmer sa totale détermination à tracer des lignes politiques nouvelles et symboliques de cet agréable mélange de soumission et de complicité des uns et des autres. Il arrêtera le massacre lorsqu’il le décidera.   Un autre symbole Par ailleurs, une autre barre symbolique à été franchie : 21 jours pendant lesquels la puissance destructrice israélienne est parvenue à détruire infrastructures, habitations, écoles, université et ôter la vie à plus de 1100 Palestiniens, blesser près de 4000 autres dont au moins 600 en état critique. Une puissance de feu inégalée, un massacre méthodiquement exécuté, un enfer qui fait penser à l’éternité ! Mais, les Gazaouis et la résistance ne se sont pas rendus ! Pas un seul d’entre eux n’a cherché à fuir durant les courts moments où le passage avec l’Egypte a été ouvert. Plus extraordinaire, les Palestiniens coincés en Egypte depuis que le blocus est imposé à la Bande de Gaza, ont profité de cette courte ouverture du passage de Rafah pour rejoindre les leurs. La leçon de la Nakba est prise et le symbole est grand : les Palestiniens ne quitteront plus leur terre même s’ils doivent en perdre la vie ! Que faut-il en déduire ? 21 jours de résistance, ce sont 15 jours de plus que ce qui a été nécessaire à l’armée israélienne, en 1967, pour détruire les armées de l’Egypte, de la Syrie, de la Jordanie et de l’Irak et occuper la Cisjordanie et la bande de Gaza (22% restante de la Palestine dont 78% a été occupé en 1948), le Sinaï en Egypte et le Golan en Syrie. Je pense qu’il est important de rappeler au monde que résister est possible.   Il n’y a pas de limite au fond ! On croyait que les régimes arabes avaient touché le fond, erreur, ils ont trouver les moyens de creuser le fond pour descendre encore plus bas. Depuis la défaite de 1967, quarante ans sont passés, le nationalisme arabe s’est affaibli, les régimes autoritaires et archaïques ont su se protéger et rester en place. Oslo a eu lieu et a engendré l’interminable  comédie dite « processus de paix entre Israéliens et Palestiniens ». C’est ainsi que par la reconnaissance offerte à Israël par les représentants des palestiniens, en échange d’un « processus », le monstre israélien arrache sa deuxième plus grande victoire depuis sa naissance en 1948 ! En effet c’est bien ce dit processus qui a permis à Israël de retrouver sa respectabilité là où il l’avait perdue grâce à la résistance palestinienne durant les décennies qui ont précédés Oslo. Le président égyptien et plusieurs chefs d’état arabes et européens ont été informés par les Israéliens de l’offensive qui allait avoir lieu. Il n’y a pas de doute que le feu vert a été donné à Israël , bien qu’Israël n’ait besoin que d’un seul feu vert, celui des Américains.     Amro Mussa, secrétaire général de la Ligue arabe, ancien ministre des affaires étrangères d’Egypte, activiste acharné dans les négociations d’Oslo, a convoqué une réunion des ministres des affaires étrangères ! Cette réunion, censée préparer un sommet arabe, n’a abouti qu’à l’envoi d’une délégation à New York afin de demander au Conseil de sécurité de condamner l’agression israélienne et prier Israël d’accepter une trêve humanitaire ! Une dizaine de jours sont passés avant que le Conseil de sécurité ne se réunisse et invite les deux parties à cesser le feu ! Quand on a demandé à A.Moussa ce qu’il comptait faire pour que les Arabes réagissent, il a répondu : « Je n’ai pas de baguette magique ». L’Egypte, surnommée « le cœur battant de la nation arabe » dont la principale  préoccupation nationale, ces dernières années, est d’assurer l’héritage de la présidence du pays au fils Mobarak, considère que le Hamas est responsable de ce qui arrive à Gaza. Elle considère aussi que le problème essentiel à régler de suite est celui de la réconciliation entre Palestiniens ! Elle ne prendra aucune mesure contre l’agression israélienne, elle n’arrêtera pas sa fourniture du Gaz à Israël à des prix privilégiés. Elle mettra plusieurs jours avant d’autoriser épisodiquement l’entrée des secours par le passage de Rafah sur lequel elle est souveraine.   Les autres chefs arabes ne feront pas mieux, c’est-à-dire rien, mise à part la classique indignation de forme. Ils s’avèrent incapables de se parler et encore moins de faire une déclaration commune. A défaut d’une initiative arabe, c’est la Turquie qui s’active! Grande alliée d’Israël, elle se charge en sa qualité d’héritière de l’empire Ottoman, de concilier les Arabes  et de raisonner  Israël. Ce dernier renvoie à Istanbul le Premier Ministre Erdogan les mains vides. lequel dit avoir été humilié !   Le 16 janvier, Une dizaine de pays décident de se réunir à l’invitation du Qatar. Ils présenteront leur délibération au sommet économique arabe qui se réunira dans quelques jours au Koweït. Le président de l’Autorité palestinienne s’excusera de ne pas pouvoir se rendre à Qatar ! Le ministre des affaires étrangères qatari déclare qu’Abbas a subi « des pressions » pour ne pas participer au sommet Gaza de Qatar.   Le diable est diable parce qu’il se croit bon ! Les peuples arabes bouillonnent, le massacre se déroule sous leurs yeux en direct sur les écrans ! ils se sentent impuissants, trompés, humiliés, trahis… Ils ont l’habitude, ce n’est pas le premier massacre ni la première humiliation, mais que faire ? Les peuples ne demandent pas à leurs gouvernements d’aller à la guerre contre Israël, ils savent que les pays arabes n’en sont pas capables. Ils attendent un geste, un peu de colère, un semblant de dignité, un peu de solidarité… Par exemple, rien que menacer de couper leurs relations diplomatiques avec Israël, suspendre « l’Initiative arabe de paix » ou menacer de traduire les responsables du massacre devant la justice internationale…rien de tout cela n’a été fait !  Nous verrons si le président de l’Autorité palestinienne signera la demande présentée par différentes associations et organisations de porter plainte contre Israël devant les tribunaux internationaux !   Il ne reste aux peuples arabes que la manifestation qui leur sera autorisée. C’est bon pour se donner une image démocratique et surtout les manifestations sont des excellents exutoires thérapeutiques ! Décidément, ces régimes ne semblent pas avoir compris que la seule soumission à Washington ne suffira pas à leur survie.   D’ailleurs, leurs propres « maîtres » les méprisent. Vendredi 23 janvier pendant que l’Egypte défend son plan comme le seul possible et efficace, Israël et les Etats-Unis signent un accord à Washington pour garantir l’arrêt des trafics d’armes vers Gaza par les frontières égyptiennes ! Hallucinant. S’agirait-il d’une pure stupidité ou plutôt d’un simple oubli ? Les « maîtres » auraient-ils pu oublier les premiers concernés : l’Egypte et son président leur fidèle porte-parole dans la région? Auraient-ils considéré que la souveraineté de l’Egypte leur revient ? Cet « incident », particulièrement humiliant pour le plus grand pays arabe, a obligé Mobarak à improviser un discours dans lequel il a essayé de jouer le rôle d’un président exigeant vis-à-vis d’Israël. L’écouter donnait envie de rire, mais ce n’était pas drôle !   Quant aux élites arabes, elles ont oublié que le monde se pense, l’avenir se prépare et la résistance ça se réfléchit…On comprendra pourquoi elles sont si silencieuses !   En effet, des millions d’Arabes descendront dans les rues, ils contesteront, hurleront, accuseront leurs dirigeants de trahison. L’Islam radical récoltera les bénéfices, c’est normal, ce sont les siens ! Seuls les islamistes sont en résistance ! Plus le monstre israélien est monstrueux avec les palestiniens, plus les islamistes radicaux se renforceront, plus Israël aura la complicité du monde arabe et non arabe, plus il aura les mains libres de continuer sa colonisation de la Palestine, imposer des faits accomplis et rendre impossible la création d’un Etat palestinien. Il est vrai que le diable est diable parce qu’il se croit bon ! 

Permis de tuer ! 

Par Nabil El-Haggar,
universitaire,
Université de Lille 

Quand la vérité n’est pas libre,
la liberté n’est pas vraie
Prévert 
1er janvier 2009 Il est 11h 30 du matin, c’est la sortie de l’école des filles. Le visage peureux, une mère ne trouve pas sa fille de dix ans. Son regard figé comme s’il se préparait à plonger dans le vide, à s’éloigner de la vie pour fuir la réalité qu’il devine, exprime à lui tout seul la souffrance de millions de palestiniens qui dure depuis plus de soixante ans. Réfugiée de génération en génération, comme des milliers de palestiniens, cette femme a vécu dans la peur du lendemain, la peur d’une arrestation, d’une humiliation, d’un bombardement, peur de mourir ou de voir les siens mourir. Un missile vient de frapper les alentours de l’école. Il sera difficile d’identifier le corps de la fillette sans nom. Écoles, mosquées, universités, maisons, magasins, hôpitaux, postes de polices et ministères sont bombardés : plus de 360 morts et 1600 blessés. Grands et petits, écoliers et policiers, filles et garçons, commerçants, employés et combattants, personnes n’est à l’abri de raids et bombardements aussi ciblés soient-ils. Une fois de plus, Israël a lâché sa puissance destructrice sur Gaza pour « se défendre contre le harcèlement par le Hamas », disent les officiels israéliens. On pourrait croire qu’il s’agit d’un Etat puissamment armé qui harcèle l’Etat hébreu, lequel ne fait que « se défendre » et ça marche ! . Il est vrai que la puissance israélienne ne réside pas seulement dans sa puissance militaire, elle est aussi dans sa capacité, avec la complicité bienveillante d’une partie des médias, à se faire passer pour victime. Or qui ne sait pas encore que le territoire de Gaza est palestinien et qu’Israël est la puissance occupante qui a pillé ses ressources, fait souffrir sa population des décennies durant et le soumet depuis deux ans, par la puissance militaire, à un blocus total qui a asphyxié l’ensemble des activités et un million et demi de personnes qu’elle a pourtant l’obligation de protéger en vertu du droit international. Ce n’est donc pas le Hamas qui a commencé les hostilités. Le porte parole du gouvernement israélien ne fait qu’entonner que « les Israéliens ont le droit de vivre en sécurité ». Les Palestiniens, eux sont réduits depuis 1967 à vivre sans droit aucun, à côtoyer l’horreur de l’occupation militaire. Quelle comédie de faire croire que le Hamas serait véritablement menaçant pour Israël… Cela en rappelle une autre qui s’est passée en Irak ! Nous savons qu’Israël ne fait rien au hasard. Alors, quels sont les messages de l’opération militaire dite « plomb durci » ? Le premier est électoral, adressé aux Israéliens qui doivent élire la nouvelle équipe gouvernementale. Plus l’équipe de la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni se montre intransigeante, plus elle sera gagnante. Le deuxième est à destination de l’équipe Obama : Israël n’acceptera aucun éventuel changement dans la politique américaine à son égard. Le troisième est adressé à l’Autorité palestinienne, laquelle pourrait récolter le fruit de l’offensive contre le Hamas en échange d’une soumission encore plus grande aux exigences israéliennes. Enfin, la dernière est à l’attention de l’ensemble des résistants en Palestine et aux Palestiniens citoyens d’Israël. La Ministre Livni lors d’une réunion de la Knesset s’est adressée à un député palestinien : « va à Gaza et ne reviens pas » Alors après un tel massacre, que se passera-t-il ? D’abord, précisons que le Hamas, malgré ses déclarations menaçantes, n’a pas les moyens d’arrêter l’offensive. Il est clair que la résistance armée telle qu’elle a été menée n’est pas en mesure de vaincre une telle machine de guerre. Il est de la responsabilité de la résistance palestinienne d’en tirer enfin la leçon pour repenser la nature de sa résistance. Il est de la responsabilité de l’Autorité palestinienne de reconnaître son incapacité à protéger son peuple. Par conséquent, elle devrait arrêter toute négociation avec Israël, se dissoudre et mettre les territoires palestiniens sous protection de la communauté internationale, tout en organisant la résistance populaire contre l’occupation.    Quant aux pays arabes, incapables d’instaurer le moindre rapport de force face à Israël,   vont-ils enfin comprendre que chaque jour de souffrance palestinienne est un jour en moins dans la survie de leurs régimes ? Reste à savoir si l’Occident se rendra compte que chaque jour de souffrance palestinienne, d’impunité d’Israël et d’absence d’une solution politique respectueuse de tous les droits de Palestiniens est un affaiblissement de droits de l’Homme et de sa crédibilité dans la région. Ce qui se traduit par le renforcement de la confessionnalisation du conflit israélo-palestinien et de l’intégrisme  islamiste au Moyen-Orient et au cœur de l’Occident.     

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