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Médecins sans Frontières : Territoires palestiniens – Naplouse : « Une violence constante et imprévisible »

A Naplouse (Cisjordanie), nos équipes constatent que, depuis un an, l’origine des tensions dans la zone a changé. La violence est de plus en plus due à la cohabitation forcée entre villages palestiniens et colonies israéliennes voisines. Frédéric Ulmann, coordinateur de projet, revient sur ses trois mois passés à Naplouse, l’évolution de la situation et les besoins auxquels MSF répond.

A Naplouse (Cisjordanie), où MSF travaille depuis 2004, nos équipes de terrain constatent que, depuis un an, l'origine des tensions dans la zone a changé. En effet, la violence est de moins en moins occasionnée par des heurts avec l'armée israélienne - désormais moins présente et moins active - et est de plus en plus due à la cohabitation forcée entre villages palestiniens et colonies israéliennes voisines.  Frédéric ULMANN vient de terminer sa mission en tant que coordinateur de projet MSF, il

Frédéric ULMANN – Naplouse – Mai 2010

© Richard Delaume

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« Depuis environ un an, l’origine de la violence sur Naplouse a changé. S’il y a aujourd’hui moins de morts et de blessés liés au conflit israélo-palestinien, et notamment aux affrontements avec l’armée israélienne (cf. encadré), les heurts entre Palestiniens et colons israéliens deviennent de plus en plus fréquents et surtout de plus en plus violents.

On compterait 160 colonies et 90 implantations illégales (non-reconnues par les autorités israéliennes) en Cisjordanie. Au total, environ 450 000 colons vivraient parmi les 2,5 millions de Palestiniens de Cisjordanie. Parce que Naplouse abrite plusieurs sites sacrés de la religion hébraïque, l’ensemble du district représente un réel enjeu de colonisation.

Har Bracha (2 200 habitants aujourd’hui, contre 150 en 1980) et Yitzhar (environ 500 habitants) sont les deux principales colonies de la région. Elles sont situées au sud de la ville et encerclent les villages palestiniens de la zone, notamment ceux de Burin (2 200 habitants) et d’Iraq Burin (700 habitants), deux des localités où nous travaillons. Actuellement, selon le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), 75% du total des incidents opposant colons et Palestiniens, en Cisjordanie, ont lieu sur le gouvernorat de Naplouse : 1/3 à Har Bracha et 1/5 à Yitzhar.

Lors d’incidents, l’armée israélienne procède parfois à des arrestations de colons, mais cela reste rare. La plupart du temps elle n’intervient pas. D’après Yesh Din, organisation des Droits de l’Homme israélienne, 90% des enquêtes menées par les autorités israéliennes, suite à des problèmes impliquant des colons, sont classées sans suite.

En quoi consistent ces incidents ?

Il y a encore un an, 47% des interventions de MSF avaient lieu dans Naplouse même, ainsi que dans les camps de réfugiés. Désormais, 47% de nos interventions ont lieu dans les villages du district, là où sont implantées les colonies.

Les colons mènent des attaques sur les villages, sur les maisons isolées surtout : lancers de pierres, de cocktails Molotov, coups de feu, intimidation… Les champs sont détruits, brûlés, les oliviers rasés, les sources d’eau polluées… Les colons et les soldats israéliens subissent des jets de pierres et d’engins incendiaires, de violentes manifestations, auxquelles l’armée répond par la force, ont lieu régulièrement… La tension est vive et la situation dégénère vite.

Qui sont nos patients ?

Ce sont essentiellement des agriculteurs, des ouvriers, des journaliers, des familles économiquement fragiles. Ils ont entendu parler de MSF et de notre offre de soins par le bouche à oreille, au sein de leur famille ou de leur communauté, d’autres nous sont envoyés par d’autres ONG.

Ce sont surtout des femmes et des enfants. En un peu moins d’un an, le pourcentage d’enfants suivis par nos psychologues est ainsi passé de 30 à 60%. Les hommes ont plus de mal à venir à nous. Souvent, nous parvenons à les approcher après que l’on ait pris en charge leur famille.

De quoi souffrent-ils ?

De syndromes post-traumatiques*, d’insomnies, d’échec scolaire et d’énurésie pour les enfants, de dépression, de troubles du comportement, de flashs back, d’impossibilité de contenir ses émotions, d’instabilité, de problèmes familiaux…

Les attaques menées par les colons ont pour but de pousser les familles palestiennes à fuir, à partir. C’est une agression constante et imprévisible. Une des familles avec qui l’on travaille a été attaquée 95 fois en un an et demi. Nos patients vivent dans un état d’angoisse permanent.

Que propose MSF à ces familles ?

Dans l’ensemble, le système médical et l’aide sociale fonctionnent bien en Cisjordanie. Des psychiatres et des psychologues exercent dans la ville même de Naplouse, mais MSF est le seul acteur médical de la région à proposer une prise en charge – via la psychothérapie clinique – aux populations vivant en zones rurales et victimes de la cohabitation forcée avec les colonies.

Notre intervention est également très rapide : nos psychologues interviennent immédiatement, dès que le patient subit un événement violent et demande à être aidé. Grâce à la psychothérapie, nous pouvons traiter ses symptômes et lui donner des « clés » qui lui permettront de retrouver une vie normale et de ne pas rechuter lorsqu’un autre incident se produira. Dans ce contexte de violences récurrentes, c’est aussi notre plus-value.

Notre médecin soigne les blessures physiques et complète l’action psychologique par la prescription de psychotropes lorsque l’état du patient le requiert. Notre assistante sociale réfère certaines familles vulnérables à d’autres organisations d’aide : ministère de la Santé, UNRWA (office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine) etc.

Nous éprouvons encore des difficultés pour atteindre certaines catégories de patients, notamment les victimes du conflit intra-palestinien qui restent très stigmatisées. Nous essayons d’avoir davantage accès à ces personnes, mais cela prendra encore du temps…

Quelles sont les perspectives d’intervention pour MSF à Naplouse ?

D’ici quelques mois, nous espérons ouvrir un nouveau volet de notre programme dans le district de Qalqylia, à l’ouest de Naplouse. Un psychologue palestinien supplémentaire va être recruté. Notre objectif est de prendre en charge – dans cette zone très enclavée et entourée de colonies – des familles exposées à la violence, vulnérables et ne bénéficiant pas de soins psychologiques.

MSF continuera de répondre aux besoins médicaux et non-pourvus, tout en adaptant ses activités à la situation. Car, selon moi, la situation n’est pas prête de s’arranger. Les colonies continuent à grossir, à s’étendre, et le problème de la colonisation en Cisjordanie, et notamment à Jérusalem-Est, devient un réel sujet de tension locale, mais aussi internationale. »

* Réaction psychologique consécutive à une situation durant laquelle l’intégrité physique et/ou psychologique du patient et/ou de son entourage a été menacée et/ou effectivement atteinte

Contexte et programme MSFFrédéric Ulmann : « La situation en Cisjordanie est plutôt calme. L’armée israélienne procède encore à quelques arrestations, essentiellement la nuit et dans les camps de réfugiés qui ont toujours été des zones de tensions, mais elles sont plus rares et très ciblées. Le nombre d’incursions a lui aussi significativement baissé. Tous les axes d’accès principaux aux grandes villes sont encore soumis à des points de contrôle, mais il n’y a plus de barrages militaires en ville, les ONG et les équipes MSF n’ont pas de problème majeur pour se déplacer, mais il n’en va pas encore de même pour la grande majorité des Palestiniens.A Naplouse (200 000 habitants), l’Autorité palestinienne gère la situation sécuritaire, l’ordre est maintenu. L’armée israélienne a quitté le centre urbain pour se positionner aux portes de la ville. La situation, la vie, se sont « normalisées ». Les commerces sont ouverts et achalandés, les marchandises circulent. Cependant, le taux de chômage reste très important car, malgré la croissance économique, le plein emploi est loin d’être une réalité et beaucoup de jeunes diplômés palestiniens ne trouvent pas de travail. »

Depuis 2004, à Naplouse, MSF mène un programme psycho-médico-social à destination des populations souffrant de traumatismes psychologiques liés aux conflits, externe et interne. Nos équipes tentent de soulager la souffrance psychologique de ces patients (via des thérapies courtes, 5 à 10 sessions, selon les besoins). Sur 6 mois de mission, un psychologue prendra en charge une trentaine de patients et environ 300 nouveaux dossiers psy sont ouverts chaque année. En 2009, 301 patients ont bénéficié d’une psychothérapie et 2 100 consultations ont été réalisées.

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