9 fév 09 Article Nord Eclair

LILLE / REPORTAGE

Lille-Naplouse-Haïfa : créer un pont entre trois villes

Parce que la paix entre Palestiniens et Israéliens passe par le respect des droits de chacun, une délégation d’élus lillois est partie à Naplouse et Haïfa. Pour faire le point sur son jumelage et porter un message politique.


FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
À la réception de l’hôtel Al Jasmeen, un présentoir de cartes postales en tourniquet semble posé là comme par erreur. Délavées par le temps, un peu gondolées, elles n’attendent plus les touristes qui ont déserté Naplouse depuis longtemps. L’ouverture, il y a une dizaine de jours de la boutique d’Amid Amer, à quelques ruelles de là, ressemble d’autant plus à un petit miracle. Sur les étagères accrochées aux murs de vieille pierre, des lampes en verre, des savons traditionnels à l’huile d’olive, quelques narguilés peints de couleur vive. Amid Amer sait bien qu’il ne travaillera pas avec des étrangers de passage, du moins pas pour l’instant et vraisemblablement pas avant longtemps. C’est au marché local qu’il se destine. « La première traduction concrète de notre volonté d’aider à la création d’activités économiques à Naplouse », résume Bruno Cooren, le directeur des relations internationales de la ville de Lille.
Hémorragie
Une délégation d’élus est arrivée vendredi à Naplouse, l’ancienne capitale de la Cisjordanie devenue « la capitale de la pauvreté » pour reprendre l’expression d’Adly Yaish, son maire. « Quand l’intervention israélienne a commencé à Gaza, la mobilisation a été très forte à Lille », explique Marie-Pierre Bresson, l’élue verte, à la tête de cette délégation dans laquelle on trouve également Martine Filleul (PS) et Isabelle Bært (UMP). « En venant ici, nous marquons notre solidarité avec le peuple palestinien », ajoute-t-elle devant Bassam Helou, le vice-gouverneur de Naplouse, comme elle le fait avec chacun des partenaires palestiniens du jumelage monté il y a 10 ans. À chaque fois, elle précise que la délégation se rend ensuite à Haïfa, la grande ville du nord d’Israël où elle portera le même message. « Plaider pour la paix, pour la coexistence de deux États viables et en sécurité ». Un discours politique tenu par une collectivité « parlant au nom de sa population » et apprécié ici. Naplouse a besoin de paix. Naplouse l’a compris. Naplouse n’a plus d’autre choix.
Avant le blocus imposé par Israël qui enferme la ville et en régule tous les accès, le marché des produits alimentaires transitant ici pesait 5,8 millions de shekels (la monnaie israélienne) par an. Aujourd’hui, c’est 400 000 au grand maximum. L’activité économique s’est progressivement mais sûrement effritée avec le départ des classes aisées, des entrepreneurs, des investisseurs, des jeunes diplômés depuis 2001 et le blocus. Une hémorragie.
Convaincue que l’aide à Naplouse ne peut prendre uniquement les formes classiques (financement d’un dispensaire dans la vieille ville qui va bientôt être agrandi et où l’ONG lilloise Helpdoctors va passer de 3 à 5 les journées de consultation, échanges d’étudiants entre les universités…), la ville de Lille, via la mission locale, a formé un ingénieur en management de projets et en accompagnement de création d’entreprises. Il est rentré à Naplouse depuis, des projets de créations d’entreprises ont été sélectionnés, la boutique d’artisanat d’Amid Amer est le premier à aboutir.

De Naplouse à Haïfa
Elle côtoie les échoppes traditionnelles que l’on trouve dans tous les vieux quartiers commerçants du monde arabe. Vendeurs de falafels, de beignets sucrés, réparateurs d’électroménager, petites boucheries et autres marchands de poulets vivants… Amid Amer y croit malgré l’effondrement du niveau de vie d’une grande partie de la population de Naplouse. La municipalité a édité une plaquette en quadrichromie pour vanter les mérites de la ville.
Elle s’intitule « de la métropole économique à la ville rétrécie ». Un raccourci qui explique pourquoi Lille a voulu que son partenariat avec Naplouse soit plus qu’un jumelage. Un vrai projet de solidarité. Hier, après deux jours à Naplouse, les élus sont arrivés à Haïfa. Parce que la paix passe par les deux pays. Parce qu’Israël y a droit aussi. Là, ils vont parler coopération. À niveaux de développement égaux. Lire aussi en page 40
Une ville en apparence pacifiée mais une sécurité fragile

Coupée du reste de la Cisjordanie, Naplouse s’était repliée sur ses trafics et luttes d’influence. Le visage de la ville a changé. Nettoyée, investie par les services d’ordre, elle a retrouvé un certain calme mais le pourrissement du conflit le rend incertain. Naplouse a changé. Du moins, en apparence. Les services de sécurité palestiniens sont enfin visibles dans la ville. Aux carrefours, on trouve même désormais des policiers, gilet fluo sur le dos, qui régulent la circulation, peu dense il est vrai. Ils ont apaisé la longue guerre des gangs mi-mafieux mi-politiques qui avait enflé ici, conséquence directe du pourrissement de l’Intifada. « Entre 2002 et 2007, Israël a provoqué le chaos ici en détruisant nos infrastructures, nos institutions », assure un cadre de l’Autorité Palestinienne qui élude la part de responsabilité de son organisation dans le désordre qu’a connu Naplouse. Une ville sécurisée ? C’est aller un peu vite. Maissa Khwaireh, 21 ans, donne des cours de français pour une ONG dans les quatre camps de réfugiés de la ville. Cette jeune fille ne sort jamais seule,au-delà de 20 heures. « C’est dangereux. Le blocage de Naplouse nous plombe la vie », reconnaît-elle « mais il nous faut aussi plus de sécurité intérieure ». Ici, le feu couve sous la cendre. Si Adly Yaish, le maire de Naplouse, étiqueté Hamas apparaît comme un modéré, « beaucoup de jeunes se sont réfugiés dans la religion et s’enrôlent dans des mouvements extrémistes » constate Najat Abou Baker, députée de Naplouse. Les services secrets de l’autorité palestinienne sont partout. Ils ont leurs oreilles. Ils surveillent. Ils arrêtent. « Il y a environ 500 militants du Hamas à la prison de Naplouse », assure-t-on. C’est un paradoxe dans une ville dont le maire est Hamas. « C’est pour cela qu’il n’y a pas eu de grandes manifestations pour Gaza », assure Nasser Jumaa, élu du Fatah « mais la sécurité reste très fragile. Et sans sécurité, sans ouverture de la ville, aucun espoir de la voir redécoller ».  Fl.T.

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