13 juillet 09 Yasmeen, seize ans, future voix de Palestine – Nord éclair

LILLE / RENCONTRE

Parmi les douze adolescents de Naplouse venus à Lille, Yasmeen. Elle n’a que seize ans et pourtant, elle est la plus jeune membre de l’union des écrivains arabes. Yasmeen n’a qu’un seul rêve : devenir la voix des Palestiniens. Rencontre avec une enfant qui a grandi trop vite.


MARTIN VANDEN BOSSCHE > lille@nordeclair.fr
Elle a le regard profond de ceux qui ont vécu l’indicible. Yasmeen est membre de l’Union des écrivains arabes, un honneur réservé aux plus grands. Elle est également présentatrice télé, la plus jeune de son pays. « Dans mon émission, j’essaie de rendre les enfants heureux. Je leur raconte la belle culture de Naplouse. Nous parlons du futur et de leurs espoirs ».
En discutant avec Yasmeen et en lisant son CV, difficile d’imaginer qu’elle n’a que seize ans et qu’elle entre tout juste au lycée. « Nous sommes nés plus vieux que notre âge », raconte-t-elle d’une voix étonamment douce. « La vie difficile, le conflit, l’occupation nous obligent à grandir plus vite ».

13 juillet 09 Yasmeen, seize ans, future voix de Palestine - Nord éclair

Yasmeen est venue respirer le « grand air » à Lille pendant dix-sept jours avec onze de ses collègues de Naplouse, en Cisjordanie (lire ci-contre).
« Pour arriver à Lille, il a d’abord fallu atteindre la Jordanie. Il faut passer trois contrôles pour cela. » En premier, les contrôles palestiniens, ensuite les israéliens. Et pour finir, la frontière jordanienne. « Tout le voyage, jusque Amman, en Jordanie, nous avons été inquiets. Il faut toujours attendre, changer de bus entre chaque contrôle. Et on ne sait jamais, le checkpoint peut être fermé à tout moment. C’est la loterie. ».
Sûr qu’à coté, à Lille souffle un air de liberté incomparable. « De toute façon, dès que vous quittez votre maison, vous êtes inquiets. Toutes les heures, j’ai envie d’appeler mon père pour prendre des nouvelles. » Sept checkpoints encerclent Naplouse. Coincée entre des montagnes, la ville ne dispose que de quelques kilomètres de large pour exister. « À Naplouse, les enfants n’ont pratiquement pas de ciel, pas d’eau, ni d’océan. En arrivant ici, nous sentons la nature, le ciel bleu. En Palestine, nous n’avons pas de vie ».
Une journée normale ? « C’est lorsque personne ne meurt, se blesse ou est arrêté. C’est unique car s’il n’y a pas de mort, il y a une arrestation.
 » Yasmeen a perdu une de ses amies quand elle avait huit ans.
Ces trois dernières années ont été très dures pour elle. Difficile de se rendre à l’école quand la peur retourne le ventre sur le chemin. « Sur le retour de l’école, le dernier jour des examens, nous avons reçu une bombe de gaz lacrymogène mais c’est un petit truc par rapport à un problème plus vaste.
 » L’écriture comme arme Difficile dans un tel contexte d’avoir des rêves. Ils sont toujours rattrapés par l’actualité. Mais le cauchemar sert de support à l’expression et à une volonté sans faille. « Quand je vois des enfants morts alors qu’ils n’ont rien fait, ça me fait écrire. C’est un cri. Je veux être entendue.
L’écriture c’est une arme, une arme utile. Car les armes à feu ne peuvent rien changer. Quand on tue des innocents, ça vous rend comme les autres . » Yasmeen a déjà publié plusieurs articles, des poèmes. Elle est aussi connue pour l’étude qu’elle a menée sur la situation des enfants palestiniens. Elle est aujourd’hui une écrivain professionnelle, reconnue à tel point que l’union des écrivains palestiniens, puis l’union des écrivains arabes, en ont fait sa plus jeune membre. « Cela m’a rendue heureuse. C’est la récolte de ce que j’ai semé auparavant. Mais je le dois aussi à tous ceux qui ont souffert. Cette reconnaissance me conduit à porter la parole des Palestiniens de manière plus large. » Yasmeen n’a qu’un seul rêve : « Vivre en paix et en liberté comme en France. » Et elle conclue : « Le monde est assez grand pour ça. »
RAPPELUn moment d’échanges Ils sont douze adolescents palestiniens, arrivés depuis le 6 juillet à Lille, dans le cadre du jumelage entre Naplouse et la ville de Lille. Le programme de dix-sept jours, mis en place par l’Association médicale France Palestine, comporte de nombreux échanges avec les jeunes lillois. Basés à la maison de quartier de Wazemmes, les jeunes de Naplouse iront à la rencontre des ados de nombreux quartiers. Ils ont déjà, par ailleurs, partagé un après-midi avec les habitants de Tchernobyl, invités par le Secours populaire. Pour les jeunes bénéficiaires de l’accompagnement scolaire à la maison de quartier de Wazemmes, la correspondance avec les Palestiniens étaient l’occasion de progresser en anglais, langue de compréhension mutuelle. Pour les Palestiniens, le projet était déjà un moyen de se rencontrer entre eux. Car ils viennent de trois lieux différents qui communiquent difficilement dans la ville : la ville elle-même, la vieille ville et un camp de réfugiés.   Les Palestiniens fêterons la fête nationale, le 14 juillet, à la maison de quartier de Wazemmes. 10 h : Projection de diapositives pour raconter la vie à Naplouse 19 h : Repas traditionnel palestinien, cuisiné en commun entre Wazemmois et Palestiniens, avec danses folkloriques. (PAF 5 E) Ouvert à tous. 36 rue d’Eylau. Tel. : 03.20.54.60.80

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