12 juin 2010 « Entre Nord et Palestine : les réseaux de l’amitié » Voix du Nord

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À l’heure où Gaza est une nouvelle fois au coeur de l’actualité, quatorze petits footballeurs de Naplouse, en Cisjordanie, sont arrivés jeudi à Lille pour une dizaine de jours. Des moments magiques pour ces gamins bloqués dans leur pays pas reconnu. Car Lille est jumelé avec Naplouse et la communauté urbaine de Dunkerque avec Gaza.

Pour la première fois, Nedal, Khaled, Momen ou Ahmad vont voir la mer. La Manche, à Boulogne. Et pourtant, ces jeunes footballeurs de 13-14 ans habitent Naplouse, une ville située à une trentaine de kilomètres de la côte. « Du haut d’un centre commercial, on peut même l’apercevoir », souligne Marie-Pierre Bresson, adjointe au maire à la coopération décentralisée. « Aujourd’hui, ils ne peuvent s’y rendre. La mer est en Israël. » Ils devaient être quinze, plus cinq accompagnants. Mais un adulte et un enfant ont été refoulés à la frontière jordanienne. « On ne sait pas pourquoi », déplore Francis Delebarre, président d’Amitié Lille-Naplouse. « Déjà qu’on est obligé de passer par l’aéroport d’Amman en Jordanie, plus cher que Tel-Aviv (Israël), où il leur est interdit de décoller », précise ce dernier. Qui, avec l’élue, raconte à quel point tout est compliqué dès qu’il s’agit de faire sortir des Palestiniens, sont-ce des enfants, de leur pays. « Ça fait un an qu’on y travaille. » Les jeunes footballeurs sont en France pour dix jours. L’occasion de jouer sur de l’herbe et pas du béton, de rencontrer des jeunes Français et de visiter notre région. Avec ses yeux brillants, le bel Ahmed a déjà repéré les « belles Françaises », quand Mohammed est, lui, impatient de voir Paris et le Stade de France. Les Bleus en mal de supporteurs en trouveront d’ailleurs ici de fidèles pas aigris.

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Lille est jumelé à Naplouse depuis 1998. « Notre jumelage, ce n’est pas de se taper sur le ventre en buvant de la bière. C’est un vrai échange de société à société », balaie Marie-Pierre Bresson. Et d’énumérer les échanges culturels, la cinquantaine d’emplois récemment créés. « On a formé des Palestiniens qui ont ensuite pris un commerce dans le magnifique centre-ville de la vieille ville. » Plus anecdotique et encore que : « Un accordeur de pianos palestinien a été initié à la profession par un Lillois. Il sera le seul de Cisjordanie. C’est tout bête, mais sinon, les pianos étaient à jeter. » La solidarité avec le peuple palestinien est aussi moins « institutionnelle. » Ainsi cinq cents enfants sont parrainés par des familles de la région.

On citera aussi les initiatives d’associations comme celle des Saïfi à Hautmont ou le très investi CBSP, à Lille, dont le responsable, Mouloud Bouzidi, était sur la Flottille de la liberté via laquelle il comptait acheminer une centaine de maisons en kit à Gaza.

Parc détruit

Si la pression d’Israël sur Naplouse la Cisjordanienne est moindre en ce moment – « même si cela est précaire, d’autant que Naplouse est considéré par l’État hébreu comme un nid de terroristes », relativise Mme Bresson -, le blocus est total ou presque sur la bande de Gaza.

Depuis 1996, la Communauté urbaine de Dunkerque (CUD) est jumelée à la ville de Gaza, comme Barcelone ou Turin. « C’est Yasser Arafat qui à l’époque a pensé à nous pour Gaza, en tant que port… », rapporte Claude Nicolet, chargé des relations internationales à la CUD. « Nous avons participé aux créations d’une bibliothèque municipale, d’un parc urbain, tandis que les Espagnols en ont réalisé un pour les enfants, détruit par l’opération Plomb durci. Il y aussi les rappeurs de Gaza Team, que nous avons réussi à exfiltrer d’Égypte après qu’ils ont fui Gaza, et qui sont à Dunkerque depuis. » Évidemment, en ce moment, tout est extrêmement difficile. « Il est quasiment impossible de rentrer à Gaza quand on n’est pas un humanitaire.

Par ailleurs, notre jumelage avec la ville israélienne de Ramatasharon est au point mort. Nos liens avec Gaza ne font pas notre pub.

Et pourtant, comme nous l’a demandé le Quai d’Orsay, nous évitons tout lien avec le Hamas. » La ville de Lille a, elle, adopté une motion suite à l’opération Plomb durci, stipulant qu’elle poursuivait sa coopération avec Naplouse, mais se contentait d’un dialogue sans coopération économique avec Safed, la cité d’Israël avec laquelle elle est jumelée. « À la naissance des jumelages à la fin des années 90, on aurait voulu une coopération tripartite, précise Mme Bresson. Mais longtemps, le maire de Safed n’a pas voulu. Maintenant qu’il a changé, c’est désormais Naplouse qui refuse de travailler avec Safed. » •

Une centaine de Palestiniens dans la région
Nabil El Haggar estime à une petite centaine le nombre de Palestiniens dans la région. « Principalement à Lille et ses alentours, notamment Villeneuved’Ascq, mais il y en a aussi quelques-uns à Dunkerque, Arras ou Douai. » Pourquoi si peu ? « Les Palestiniens quittent peu leur pays pour des raisons économiques, et quand c’est le cas, qu’ils ne supportent  lus leur “vie pourrie”, ils choisissent davantage la Jordanie ou des pays anglophones comme le Canada ou les États-Unis. » Dans la région, les Palestiniens arrivés récemment sont essentiellement es étudiants, la plupart des doctorants ayant décroché la bourse d’État. Et puis quelques-uns sont arrivés il y a plus longtemps, à l’issue des conflits. À l’instar de  abil El Haggar lui-même, arrivé à 18 ans pour poursuivre ses études. Il quittait un camp palestinien de Jordanie. Il est aujourd’hui vice-président de Lille I.

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