Qusra tient bon face aux colons

27 06 2013

 

 

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Ici, la bâtisse de la famille Mohamadieh Bairoute Hassan cassée à coups de pierres par les colons. Les propriétaires attendent que le Croissant Rouge vienne constater les dégâts avant de reconstruire et d’ajouter des portes et des fenêtres.

 

Claire, Shadi et moi nous sommes rendus à Qusra à la fin du mois de mai. Depuis, il y a eu trois attaques de colons, à deux reprises, ils s’en sont pris à des paysans du village qui voulaient se rendre sur leurs terres pour les cultiver. Le dernier méfait concerne une dégradation de biens. Contactés par notre ami Abdelatheem Owda, nous nous sommes rendus sur place pour constater les dégâts.

Dimanche 16 juin, la famille Mohamadieh Bairoute Hassan, propriétaire d’une parcelle de terre au Sud de Qusra a découvert que les colons étaient venus dans la nuit de vendredi à samedi pour casser cinq jeunes oliviers et la nouvelle  bâtisse achevée une semaine auparavant.  

 

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Deux des cinq jeunes oliviers, âgés de cinq ans, cassés par les colons ce dimanche 16 juin. Les propriétaires de cette terre située au sud de Qusra ont déjà subi cinq attaques depuis 2010.

 

Les colons ont bien compris l’enjeu du nouveau projet initié par la mairie et les paysans de Qusra, soutenu par le consulat de France.

Au cours de l’année 2012, Abdelatheem Owda, maire de Qusra, a songé à une nouvelle modalité d’action pour lutter contre l’expansion des colonies et le vol des terres par le gouvernement israélien : construire vingt bâtiments sur l’ensemble les terres du sud du village, c’est-à-dire, celles qui sont les plus souvent exposées à la violence des colons.

De cette façon, les habitants espèrent contre -carrer l’argument israélien prétendant que chaque terre en jachère (réellement ou non) revient à l’occupant. Une autre disposition, héritée comme la première de l’Empire ottoman, prévoit que si un paysan (un colon) cultive une terre non enregistrée durant sept ans, celle-ci lui revient. Donc si l’armée israélienne empêche les paysans palestiniens d’accéder à leurs propres terres pendant sept années, il est ensuite aisé de les donner aux colons. 

« C’est au mois de septembre que les avions chargés de prendre des photos et de surveiller l’activité des terrains survolent le village. C’est une époque de l’année où les terres sont très peu cultivées et ils se servent de cela pour justifier le vol des propriétés », raconte Abdelatheem Owda.

A Qusra, les colons et l’armée tentent de terroriser les paysans pour qu’ils ne viennent plus sur leurs terres.

La construction de bâtiments sur les parcelles de terres est aussi un frein à l’implantation de nouvelles colonies ou à l’extension de celles déjà existantes autour du village. Car il est plus compliqué de voler une terre à la fois cultivée et habitée.

Le Consulat de France a financé une partie du projet à hauteur de 8000 euros (environ 39 000 ILS) à diviser entre vingt propriétaires. La mairie de Qusra vient en aide aux paysans les plus modestes en complétant ce financement à hauteur de 300 euros.

L’électricité est également fournie par la municipalité et une aide logistique peut être apportée pour ceux qui souhaitent être raccordés au réseau d’eau.

Il y a une semaine, la mairie a signé un contrat avec chaque paysan, chacun d’entre eux s’engage à construire sa propre bâtisse sans l’intervention d’entreprise extérieure.

La famille Mohamadieh Bairoute Hassan fait partie des familles concernées par ce nouveau projet. Leur terre a été la cible de cinq attaques de colons depuis 2010.

Les propriétaires de la parcelle voisine ont refusé la construction de leur bâtisse par peur de représailles de la part des colons. « Ils ont peur de tout perdre », explique Abdelatheem Owda.

Deux autres propriétaires de parcelles situées en zone C (contrôle israélien) se sont fait menacer et insulter par les colons. La police israélienne s’est également rendue sur place pour leur ordonner de cesser toute construction.

 

 

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Abdelatheem Owda, le maire de Qusra, entouré des deux paysans propriétaires des terres classées en zone C par l’armée israélienne. Ils ont été menacés par les soldats et les colons dès le début des travaux. Pour le moment, la construction a été suspendue en les deux hommes tentent d’obtenir un permis de construire.En arrière-plan, une patrouille de l'armée israélienne. Les soldats se relayent nuit et jour sur cette colline située au sud du village, ils ont donc été témoins de l'attaque perpétrée par les colons.

 

Notre ami Abdelatheem a contacté les médias et de nombreux organismes palestiniens et internationaux afin que chacun vienne constater les dégâts. Le dimanche 16 juin, alors que le maire, accompagné d’une centaine d’habitants du village, expliquait la situation devant les caméras, cinq véhicules de l’armée israélienne, ainsi qu’un de l’administration militaire sont arrivés.

Devant les journalistes, l’armée a assuré vouloir mener une enquête pour identifier les criminels responsables des dégradations sur la parcelle de terre. Cependant le maire et les habitants de Qusra ne sont pas dupes. Une patrouille de l’armée israélienne est constamment postée juste en face du terrain où se sont déroulés les faits, ce qui laisse entendre que la force d’occupation a nécessairement vu ce qui s’est passé.

« J’ai encouragé cette famille à porter plainte au commissariat israélien de Beit Eil . Elle va également demander un permis pour entrer au commissariat d’Huwara qui traite les affaires concernant les zone A et B (1) car il est plus proche. Il s’agira de la 28ème plainte déposée par un habitant de Qusra contre les violences et dégradations de l’occupant. Les deux autres paysans propriétaires de parcelles en zone C et menacés par les colons vont également se rendre au bureau central de la police israélienne pour faire un signalement », explique Abdelatheem Owada.

Dans une parcelle voisine, Fatah Abu Raideh et sa famille travaillent leur terre. « Cela fait douze ans que nous cultivons nos figuiers, nos oliviers et nos vignes. Mon frère et moi, aidés de toute la famille, avons entamé la construction d’une maison comprenant une salle de bain, une terrasse et une chambre sur cette terre il y a trois semaines. C’est notre droit. La différence avec les colons, c’est qu’eux construisent sur des terres qui ne leur appartiennent pas. Si nous avons choisi de participer au projet de construction, c’est parce que je veux faire quelque chose qui confirme mon existence. Nous espérons achever la maison avant le début du ramadan (aux environs du 10 juillet 2013) », explique l’homme.

Cette famille se souvient très bien qu’en 2011, six colons étaient venus se baigner dans leurs puits pour souiller l’eau.

Les habitants de Qusra les avaient d’ailleurs arrêtés avant d’appeler le gouverneur de Naplouse qui leur avait conseillé de les relâcher. Une fois chose faite, l’un des colons avaient tiré sur les villageois, blessant l’un d’entre eux.

En 2012, les colons avaient également saccagé plusieurs oliviers âgés d’une quinzaine d’années appartenant à la famille Fatah Abu Raideh.

« Les colons veulent s’en prendre à tout ce que nous avons. Mais si l’on se défend, c’est tout notre village qui va payer », ajoute le paysan. 

La famille Mohamadieh Bairoute Hassan, dernière cible des colons, va reconstruire ce qui a été détruit et ajouter des fenêtres et des portes à la bâtisse. Elle attend que le croissant rouge vienne constater les dégâts.

 

 

 

 

 

 

 

Elsa GRIGAUT. Photos Claire GOULOIS. Avec l’aide précieuse de Shadi.

1 : Zone A : Officiellement, l’autorité Palestinienne y exerce une pleine souveraineté (environ 3% de la Cisjordanie.

Zone B : officiellement, s’applique à 27% de la Cisjordanie. L’administration civile est gérée par l’Autorité Palestinienne tandis que les autorités militaires israéliennes contrôlent le territoire.

Zone C : s’applique au reste de la Cisjordanie. L’Autorité Palestinienne n’y exerce aucune souveraineté.


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