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Vivre sous l’occupation (6) : nettoyage ethnique dans la Vallée du Jourdain

13 06 2012
Vivre sous l’occupation (6) : nettoyage ethnique dans la Vallée du Jourdain dans colonisation Photo-Abou-Nahar-225x300

« Quand l’armée vient ici, les soldats déclarent la zone fermée. Ils sont accompagnés de bulldozers. Il y a quelque temps, ils sont arrivés, ils nous ont confisqué tous nos produits de première nécessité et les ont enterrés sous nos yeux », explique Abou Nahar en compagnie de deux de ses fils.

Entretien avec Abou Nahar, bédouin vivant avec sa communauté dans la vallée  Jourdain à Fasayil al Wustra et les volontaires de l’ONG Jordan Valley Solidarity le 3 février 2012. « Nous sommes 300, dont 150 enfants, à vivre dans ce camp avec nos bêtes qui sont notre seule source de revenus. Nous avons besoin de l’aide des internationaux, les conditions de vie ici sont une insulte à la dignité humaine. Nous sommes constamment harcelés par l’armée israélienne qui détruit nos tentes et les abris pour les animaux. Ils nous rendent la vie impossible pour nous pousser à partir », explique avec colère Abou Nahar, bédouin vivant avec sa communauté dans la vallée du Jourdain à Fasayil al Wustra. A ses côtés, Dath, membre de l’ONG Jordan Valley Solidarity (JVS),  basée non loin de là, à Jiftlik, dans la vallée du Jourdain, classée en zone militaire C, ce qui signifie qu’elle est sous contrôle israélien.

Né de la volonté de paysans Palestiniens, JVS est un réseau de différents groupes disséminés partout dans la vallée. Soutenu par des volontaires internationaux comme Dath, JVS travaille à la préservation de l’environnement de cette région de Cisjordanie en venant en aide à la population locale.  Les bénévoles surveillent et enregistrent les agressions de l’armée israélienne et des colons à l’égard des Palestiniens.

Le gouvernement israélien tend à annexer cette zone riche en ressources naturelles. La vallée du Jourdain représente 28% de la Cisjordanie occupée. Au fil des mois, les colonies (toutes illégales en vertu du droit international) s’étendent et les Palestiniens sont chassés de leurs terres. Leurs maisons sont détruites, les restrictions de circulation sont très dures, les couvre-feux, les arrestations, les détentions sont courantes. A cela s’ajoute la privation d’accès à la santé et à l’éducation.

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Abou Nahar et sa famille vivent très simplement, sous des tentes de toile et de plastique….

 

 

Photo-tente-detruite-300x225 portraits

:…régulièrement détruite par l’armée israélienne qui veut les pousser à partir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jordan Valley Solidarity travaille sur plusieurs chantiers :

- à Fasayil et Ka’abne, les volontaires ont construit des écoles,
- aidé plusieurs communautés à installer des canalisations d’eau,
- aidé à construire des routes pour que les gens accèdent plus facilement à leurs maisons.
- formé aux techniques de construction traditionnelles, torchis, briques de terre cuite.                                                                                                 – sensibilisé les touristes à la situation des Palestiniens de la vallée du Jourdain. 

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Une école construite par le réseau Jordan Valley Solidarity, menacée à tout moment de destruction par l’occupant.

Dath et Abou Nahar se connaissent bien, ensemble ils fabriquent des briques de terres cuites destinées à la construction de maisons.

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Les briques de terres cuites destinées à la construction de maisons, fabriquées par selon les techniques traditionnelles. Pour le moment elles sont stockées sous une toile à l’abri des regards des soldats israéliens.

Pour le moment elles sont stockées sous une toile à l’abri des regards des soldats israéliens. « Si nous voulons construire, on doit le faire la nuit, discrètement, sinon, on peut être sûrs que l’armée va les détruire », dit Dath. Cependant, même si la population réussit à construire une maison, l’armée peut surgir à tout moment et tout saccager. 95% des demandes de permis de construire sont refusés par Israël et lorsque l’occupant ordonne la démolition d’une maison, les Palestiniens doivent le faire eux-mêmes sous peine d’amende.

Plus préoccupant encore que la question de l’habitat, l’accès à l’eau. En 1967, Israël a décrété que toute l’eau, y compris les nappes phréatiques et les puits, de la Cisjordanie serait sous contrôle israélien via la société nationale des eaux, Mekorot. Après les accords d’Oslo, la situation s’est encore durcie : « depuis que la vallée du Jourdain a été classée en zone C, les Bédouins comme l’Autorité Palestinienne ne peuvent construire ou rénover quoi que ce soit. L’administration civile israélienne a mis en place un système de demande permis qui rend quasiment impossible l’obtention : il faut d’abord passer par le comité conjoint des eaux, groupe de décideurs israéliens et palestiniens qui autorise ou refuse l’accès à l’eau ainsi que les projets de rénovation déposés par l’Autorité Palestinienne des eaux (pour les zones A, B et C). Si un projet est accepté par ce premier comité, l’administration civile israélienne impose un tas de restrictions techniques et de contrôles bureaucratiques, rendant ainsi l’obtention du permis quasiment impossible. A cela s’ajoutent encore les  incursions régulières de l’armée israélienne qui détruit les réservoirs d’eau et les puits très régulièrement, même si les Palestiniens qui les utilisent possèdent les permis nécessaires », poursuit la volontaire de JVS.

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Une station de pompage d’eau, aux couleurs israéliennes, « protégée » par du fil de fer barbelé près du village de Nahr el Oja. Il alimente un réseau d’eau desservant uniquement les colonies de la vallée du Jourdain et empêche dans le même le droit inaliénable de l’accès à l’eau pour les Palestiniens.

En octobre 2009, Amnesty International a noté que « 180 000 à 200 000 Palestiniens vivant dans des communautés rurales n’ont pas l’eau courante et même dans les villes et les villages qui sont reliés au réseau de distribution d’eau, il n’a pas souvent d’eau au robinet. »

La région était naturellement fertile, donc à qui et à quoi sert toute l’eau de la vallée du Jourdain ?

Le gouvernement israélien détourne l’eau en installant des canalisations directement dans les puits et les nappes phréatiques pour desservir les colonies. Ces dernières sont autorisées à forer des puits à plus de 300 mètres de profondeur, là où l’eau est potable tandis que les Palestiniens ne peuvent pas creuser des puits à plus de 150  mètres, à ce niveau, le taux de sel est trop important. Irriguer les cultures avec cette eau conduit à l’assèchement de la terre et il n’est évidemment pas possible de cultiver quoi que ce soit, l’eau n’est pas potable, hommes et bêtes ne peuvent pas s’abreuver. 

Pour vivre, les Bédouins sont soit obligés d’acheter de l’eau à une l’entreprise israélienne Mekorot qui vend 3 mètres cubes pour
l’équivalent de 50 shekels (10 euros), soit d’aller chercher de l’eau gratuite mais de mauvaise qualité avec un taux de salinité trop
élevé auprès de l’Autorité Palestinienne. Dans les deux cas, il faut payer le transport, un coût difficile à assumer. « Et puis souvent, l’armée israélienne nous confisque nos citernes d’eau et nous devons payer pour les récupérer. Mais nous avons besoin d’eau et nous avons aussi besoin d’aide. Les enfants doivent aller à l’école et les plus petits à la crèche. Nos femmes ont besoin de dispensaire quand elles sont enceintes mais ici, on nous prive de tout », dit avec colère Abou Nahar.

L’obstacle principal rencontré par JVS est la distance qui sépare les différentes communautés de la vallée et l’absence de transports en commun bon marché. La communication par téléphone est également très coûteuse car il  n’y a pas d’opérateur Palestinien dans cette zone.

« Cette région compte 36 colonies et environ 8 000 colons, ils ne sont pas extrêmement nombreux mais ils se sont approprié beaucoup de terres. A partir de ces dernières, les colons produisent des denrées qu’Israël exporte ensuite vers l’Europe. Cette région est  particulièrement réputée pour ses dattes, il faut savoir qu’elles proviennent des colonies, les gens doivent donc être extrêmement vigilants à la provenance des denrées qu’ils achètent. Car il faut bien comprendre que quand vous acheter par exemple des dattes produites ici par les colons, vous soutenez l’économie de l’occupation », explique Dath.

La plupart des paysans de la vallée du Jourdain ne parviennent pas à vivre de leurs terres, ils sont donc contraints de travailler dans les colonies des alentours pour des sommes dérisoires, à savoir 50 shekels (environ 10 euros) pour 8 heures de travail par jour. 60% des habitants du village de Nahr el Oja par exemple travaillent dans les colonies tandis que d’autres travaillent à Jéricho.

Ils y sont employés en tant que jardiniers pour la connaissance qu’ils ont de leur terre. Beaucoup d’enfants sont aussi obligés de suivre ce chemin car les écoles sont très éloignés de leur lieu de vie, les transports sont trop chers et les check-point trop durs.

« L’exploitation israélienne concerne à la fois les ressources mais aussi les humains », ajoute le militant de JVS.

Pour l’ONG, un autre point paraît préoccupant : « nous  ne sommes pas d’accord avec les organisations internationales qui créent des infrastructures en zone B (zone militaire contrôlée officiellement conjointement par l’autorité palestinienne et l’armée israélienne) ou en zone A (zone militaire officiellement contrôlée par l’autorité palestinienne). Cela favorise le nettoyage ethnique et pousse les Palestiniens à quitter les zones C pour s’installer en zones A et B. Tout ceci correspond parfaitement au plan l’occupant et à sa politique de ghettoïsation du territoire : regrouper les Palestiniens dans des « réserves » dessinées par Israël » », ajoute Carlos, un autre volontaire membre de Jordan Valley Solidarity, présent dans la région depuis trois ans.

La vallée du Jourdain comptait 300 000 habitants avant 1967. Aujourd’hui, il n’en reste que 60 000.

Elsa GRIGAUT avec l’aide précieuse d’Izzedine.

Pour plus d’infos : www.jordanvalleysolidarity.org


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