Les secrets les mieux gardés de Naplouse (3) La maison de WAEL ZUAITER (1934-1972)

20 03 2012

Les secrets les mieux gardés de Naplouse (3) La maison de WAEL ZUAITER (1934-1972) dans secrets de Naplouse P1010448-300x200

DSCN2270-199x300 palestine dans secrets de Naplouse

le 29 de la rue An Najah al qadim

Au 29 de la rue An Najah al qadim, à Naplouse, se trouve une belle demeure, dessinée par Adel Zuaiter (1897-1957),  où résident les volontaires de Project Hope : au rez-de-chaussée, les filles, au premier étage les garçons et au deuxième Nayla, la propriétaire, fille de Adel Zuaiter, une charmante dame âgée qui prend plaisir à la compagnie des volontaires internationaux.

Dans son salon, une photo encadrée de son frère, Wael Zuaiter, dans sa bibliothèque, « For a palestinian : a memorial to Wael Zuaiter », de Janet Venn-Brown, publié en 1979 (non traduit en français).

 

 wael%20zuaiter patrimoine Unesco

Wael Zuaiter ( 1934-1972) a  grandi dans cette maison.

DSCN22701-205x300 portraits

Une des 13 balles tirées contre Wael Zuaiter a traversé l'exemplaire des "1001 nuits"

Lorsqu’il est assassiné par le Mossad, devant chez lui, Piazza Annibaliano, à Rome, le 16 octobre 1972, il portait sur lui un exemplaire des « 1001 nuits », qu’il traduisait de l’arabe en italien. Douze balles sont entrées dans le corps de Wael, une treizième a transpercé le livre et s’est logée dans sa colonne vertébrale. Janet Venn-Brown, l’amie , artiste-peintre australienne, de Wael, a caché ce livre pendant trente ans et en a fait don  au centre Wael Zuaiter à Massa Carrara , en Toscane.

Qui était donc Wael Zuaiter , que l’on peut voir brièvement, en figurant,  dans « la Panthère rose » de Blake Edwards ?

Il est donc né à Naplouse, dans une famille  de notables lettrés.

Son père, Adel Zuaiter, qui a d’abord étudié à Beyrouth et à Constantinople, a fait défection de l’armée ottomane, en 1916, pour rejoindre les forces de l’Armée arabe  du prince Faisal Bin Hussein, aidé par Lawrence d’Arabie. Ce qui lui valut une condamnation à mort par contumace, par les Turcs, en 1917. Il poursuivit ensuite des études au Caire et sortit diplômé de l’Ecole de Droit de Paris en 1925. Il avait préalablement contribué à la rédaction de la première constitution de la Syrie… Rentré à Naplouse, il travaille comme avocat et fut aussi professeur à la faculté de droit de Jérusalem de 1927 à 1936. Il fut aussi, sinon surtout, un grand traducteur, de Montesquieu, Rousseau, Voltaire…( 36 volumes de la pensée universelle !) .

Son oncle, Akram Zuaiter (1909-1996) est  d’abord enseignant (diplômé de l’Ecole de Droit de Jérusalem) puis activiste dans le mouvement national, il fut arrêté à plusieurs reprises par les Britanniques et exilé  en Irak, de 1937 à 1951 où il travailla comme enseignant et inspecteur. Il fut ensuite ambassadeur de Jordanie à Damas, puis en Iran avant de devenir ministre des Affaires étrangères. Il était  à la tête du centre culturel islamique à Beyrouth lors du siège israélien en 1982, siège au cours duquel sa bibliothèque brûla. Il a écrit plusieurs livres sur la Palestine ( non traduits en français).

Wael Zuaiter fut la première victime en Europe d’une série de sept assassinats d’artistes, intellectuels, diplomates palestiniens, perpétrés par des agents israéliens, prétendument en représailles à la prise d’otages aux J.O de Munich, en 1972. Opération secrète coordonnée directement par Golda Meir, premier ministre de l’époque, visant, selon Janet Venn-Brown, à « éliminer tout palestinien en Europe et au Moyen-Orient pouvant représenter la possibilité d’un enracinement culturel et politique de la résistance palestinienne »

Dans « Munich », le film de Spielberg, Wael Zuaiter est bien cette première victime.

Il a vécu dans toutes les capitales arabes, de Amman – où il a vu les massacres de « septembre noir » en 1970 – à Bagdad, en passant par Koweit City, jusqu ’à arriver en Allemagne et finalement en Italie, à Pérouse d’abord et enfin à Rome où il vécut dix ans, porte-parole du  Fatah ( il n’y avait pas encore de direction unifiée de l’OLP) et ami de Alberto Moravia, Jean Genet, Pasolini, entre autres…..

«  les armes de Wael étaient les livres, tous les livres du monde, de Dante à Goethe, en arabe, à Jean Genet, aux derniers récits de Ghassan Kanafani juqu’aux raffinés volumes reliés en cuir des Mille et une nuits qu’il commença à traduire et qu’il n’arrêtait pas de lire chaque jour, où il trouvait chaque jour quelque chose de nouveau qui le faisait rire parce que, disait-il, «  c’est mon monde, je découvre toujours une nouveauté dans le langage et dans les faits que je n’avais pas compris auparavant » »(Janet Venn-Brown).

« L’ennemi vit en lui un géant… et il ne peut pas être mort, on ne peut pas arracher les racines des oliviers et des chênes. Il est vivant dans la mémoire de son peuple» écrivait de lui Yasser Arafat.

 Quand Nayla nous invite à prendre place dans le petit salon de son appartement, que l’un des volontaires internationaux s ’assoit dans le petit fauteuil marron, celui dont Wael disait que « c’était un endroit serein », combien sommes nous à tout ignorer de cette histoire ? 

Genevi-ève, mars 2012.

Vous pouvez retrouver Genevi-ève au travers de son exposition de photos « Murmur(e)s» à la Maison des Associations de Tourcoing du mardi 13 mars au samedi 31 mars.

Sources :

Nablus Guide  (Project Hope)

Emily Jacir « matériel pour un film » The electronic intifada.2007.

Janet Venn-Brown « For a palestinian, a memorial to wael Zuaiter »


Actions

Informations



Une réponse à “Les secrets les mieux gardés de Naplouse (3) La maison de WAEL ZUAITER (1934-1972)”

  1. 21 03 2012
    nour (09:32:26) :

    Super :)

    Répondre

Laisser un commentaire




Les Amis des Sentiers |
AMICCA |
"LE JOURNAL D'AÏDA" |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Françamérique
| CLUB AGIR-DECLIC Blagnac-Co...
| Les Secouristes Français Cr...