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« TO EXIST IS TO RESIST ! » (1) : NIZAR

1 02 2012

 Exister c’est résister !

Une nouvelle rubrique alimentée par Genevi-ève. Genevi-ève est à Naplouse pour deux mois, comme volontaire à l’association « Project Hope ». C’est son 4ème voyage depuis 2008. Elle nous présente une galerie de portraits de jeunes de Naplouse. Sa « famille de Naplouse ».

Pour commencer : Nizar the Wizard (le magicien), Nizar the Pilar (le pilier), sept jours sur sept,  24 heures  sur 24…

Nizar est né le 25 février 1985 à Naplouse, dans la vieille ville.

Avant d’emménager dans une nouvelle maison près du camp de réfugiés de Askar el- qadim, la famille est restée jusqu’ en 2005 dans un trop petit logement – à peine deux pièces-  pour une grande famille : Nizar est le sixième d’une fratrie de sept. Son père, décédé en décembre 2011, était  boucher, sa mère a toujours eu beaucoup à faire à la maison.

Aujourd’hui, deux de ses frères sont commerçants. L’un tient une petite boutique d’alimentation dans la vieille ville, il est plaisant d’y voir les enfants venir y acheter des bonbons. L’autre vend des jouets près de la place centrale de la ville. Le dernier travaille dans un atelier de repassage. Deux sœurs sont mariées et mères de famille, la cadette, diplômée d’économie, de l’université an Najah, est au chômage et reste à la maison.

Nizar a terminé son cursus secondaire en 2003, il a alors entrepris, pendant deux ans, des études  pour être infirmier. Il a ensuite  travaillé dans un hôpital privé pendant un an puis, pendant plus de six mois, il s est occupé  d‘une personne âgée atteinte de la maladie d’Alzheimer. C’était un homme de plus de 120 kilos, sa femme ne pouvait évidemment le prendre en charge. En principe, Nizar devait leur consacrer une heure le matin, une heure le soir… très vite ,il est resté  plus longtemps, “ c’était difficile de les laisser, je devais l’aider à manger mais j’aidais les deux, je cuisinais, je faisais la lessive, je faisais tout “ (Nizar s exprime en français). Quand le monsieur est décédé, son fils qui travaillait à Dubai,  a été d accord pour que Nizar y aille, travailler avec lui, comme assistant d’ingénieur dans la construction. Nizar y est resté six mois.

De retour a Naplouse, il cherche  bien sûr du travail et rencontre  quelqu’un qui lui parle de Project Hope et lui propose d’y être volontaire pour l’anglais. Cela consiste à accompagner des volontaires anglophones, lorsqu’ ils dispensent des cours, et  à servir de traducteur.

Des le deuxième mois de volontariat de Nizar, en octobre 2008,  arrivent, à Project Hope,  deux infirmières étatsuniennes, Audrey et Laura. Pendant trois mois, Nizar travaille avec elles, dans les villages environnants, pour former  aux premiers soins … Volontaire moi-même  à Project Hope à cette époque, j ai eu la possibilité de les accompagner et de constater que la demande de… soins était grande, surtout quand un chirurgien (sud-africain) faisait partie de l’équipe. Assez  systématiquement, les volontaires procédaient  à la prise de tension et au dépistage du diabète, avec des diagnostics très souvent positifs !

C est un travail  que Nizar a beaucoup aimé.

Pendant qu’il continuait à être volontaire  à Project Hope, donc non rémunéré, il travaillait un peu, faisant tout et n importe quoi, pour gagner un peu d argent.

Il fut finalement engagé à Project Hope, un peu comme factotum (faire le thé, le café quand arrivent des visiteurs, internationaux ou pas, accueillir les volontaires, les installer, leur faire faire une première visite de la ville, s’occuper de leur téléphone local, procéder aux réparations diverses…)

En 2010, il décide d apprendre le français, au Centre Culturel Français, voisin de Project Hope, afin de pouvoir parler avec les volontaires francophones. En 4 mois, Nizar réussit les niveaux un et deux !

Et Lucienne, la directrice du CCF l’emploie pour distribuer les programmes, accrocher les expositions, participer à l’organisation de la fête de la musique, aider les groupes en visite… c’est un travail d’appoint qui lui permet d’améliorer ses revenus, ce qui est loin d’être négligeable. Dans le même temps, il a toujours l’occasion de pratiquer et perfectionner son français.

Pour ce “portrait”, il me parle pendant deux heures en français … des étudiants  du département de français de l’université an Najah ne veulent pas croire qu’il a appris le français en si peu de temps.

Nizar est incontournable à Project Hope, d’où ses surnoms, “the Wizard”, “the pilar”, il  est à  la disposition des volontaires 24h/24, 7 jours/7… “ Nizar, j’ai perdu mes clés, je suis enfermée dans l’appartement”, “Nizar, il n y a plus d’eau chaude”, “Nizar, le chauffage ne marche plus”, “Nizar… ! Nizar… !!! ” Évidemment le plus souvent en dehors des heures de travail quand ce n’est pas le week-end !

Il aime le contact avec les volontaires, c’est un plaisir pour lui de parler avec eux, s’il quittait Project Hope, sûrement il ne trouverait pas cette ambiance, ces relations  qu’il apprécie mais il est parfois tenté de chercher un autre travail qui lui permettrait de mieux gagner sa vie, même si le CCF, devenu Institut Français lui procure un revenu d appoint nécessaire.

Nizar a ajoute une corde à son arc : il se fait un plaisir d’accompagner des touristes a la découverte de sa ville. Alors si vous passez par Naplouse, n’hésitez pas a le contacter.

Nizar  se sent en prison en Palestine occupée, “ la vie des prisonniers est comme celle que nous vivons  et si tu  as été en prison, tu ne peux même pas aller en Jordanie, je ne me sens pas bien”

Nizar a été en prison un jour, lors du siège de Naplouse en 2003.

Les habitants furent  bloqués dans  leurs logements pendant 20 jours, il n’y avait pas d’électricité, seulement un peu d’eau. Quand il fut possible de sortir, trois heures seulement,  pour se ravitailler, il ne fut possible d’acheter que  des poulets vivants, aucune viande ne pouvait être conservée faute d’électricité, les boulangers ne pouvaient faire du pain, Nizar  en a fait cuire sur le gaz.

Les soldats israéliens entraient dans la vieille ville avec les armes et de gros chiens à la gueule grande ouverte,  pour fouiller, arrêter, éradiquer la résistance. Il y eut plus de 100 martyrs mais il n’était pas possible d’accéder au cimetière, ils furent enterrés dans une fosse commune sur un terrain prés du palais Touqan. A la fin du couvre-feu, les dépouilles furent transportées en camion au cimetière.

Nizar fut arrêté avec son père et ses frères et emmené prisonnier à Huwara. Ils ont été relâchés le lendemain mais Nizar avait perdu ses chaussures et il leur était interdit de rentrer dans la vieille ville, il est quand même rentré, pieds nus.

Facebook a change sa vie, depuis deux ans. Il a 450 amis, en France, à Lille bien sur, au Canada, aux USA, en Australie, Norvège……………….beaucoup sont des volontaires qui sont passés à Project Hope.

Son espoir ? “ Avant de me marier, je veux aller en France, après je reviens

Bienvenue a Lille, Nizar !  

Genevi-eve C.

 30.01.2012

Pour contacter Nizar  : nizar.zant.ph@gmail.com


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